Les opportunités offertes par l’essor rapide des technologies d’intelligence artificielle s’accompagnent d’une incertitude croissante chez les investisseurs quant aux bouleversements auxquels pourraient être confrontées les entreprises qui dominent le marché depuis longtemps. Qu’il s’agisse des logiciels, de l’assurance, du transport maritime ou d’autres secteurs, on craint que l’IA ne réduise les barrières à l’entrée et n’efface les avantages concurrentiels établis qui ont protégé les marges bénéficiaires et alimenté la croissance à long terme.
Dans cette optique, l’équipe des analystes en actions de Morningstar a mené une étude approfondie sur l’impact de l’IA sur 132 entreprises des secteurs technologiques et connexes. Il en a résulté une série de changements majeurs dans leur évaluation de la
Eric Compton, directeur de la recherche sur les actions technologiques chez Morningstar Research Services, explique comment nos analystes appréhendent les technologies de rupture : des coûts de transfert à l’évaluation des actifs incorporels tels que le code informatique, en passant par le pouvoir protecteur des effets de réseau.
Les gagnants et les perdants dans la course à l’IA
Quel est le thème récurrent d’un monde post-IA ? « Il est devenu plus difficile de prédire qui seront les gagnants et les perdants, et l’incertitude s’est accrue », explique M. Compton, notamment en ce qui concerne les perspectives des entreprises pour les dix ou vingt prochaines années. « L’un des principaux moteurs de cette initiative était justement d’essayer de faire le tri dans tout cela. »
Selon M. Compton, les révisions à la baisse ont principalement concerné les secteurs des logiciels d’entreprise, des services informatiques et de la gestion de la paie. Pour une entreprise comme Workday (WDAY), la menace que représente l’IA pour la couche applicative, ou l’interface utilisateur, a entraîné une révision à la baisse de sa bastille concurrentielle. Parmi les autres révisions notables, on peut citer celles d’Adobe (ADBE), de Salesforce (CRM) et d’Automatic Data Processing ( ADP).
D’autre part, certaines sociétés spécialisées dans les logiciels de conception de semi-conducteurs, comme Synopsys (SNPS), devraient tirer profit de l’essor de l’IA. « Nous pensons que l’IA constitue un facteur de demande positif pour ces entreprises », explique M. Compton. Les effets de réseau (c’est-à-dire l’avantage concurrentiel accru qui découle d’une base de clients ou d’utilisateurs plus importante) pourraient contribuer à compenser les risques liés à l’IA pour des entreprises telles que Booking Holdings (BKNG) ou les principales places boursières.
Les entreprises spécialisées dans la cybersécurité se sont également révélées mieux à l’abri de la menace posée par l’IA. Par exemple, les analystes de Morningstar ont relevé leur cote relative à l’avantage concurrentiel de Cloudflare NET, estimant que l’IA pourrait en réalité stimuler la demande pour ses services.
Conclusion pour les investisseurs
M. Compton souligne qu’il existe encore des opportunités pour les investisseurs, même si l’IA met à mal des bastilles économiques autrefois à fort avantage concurrentiel. Certaines entreprises déclassées semblent encore sous-évaluées, et toutes les entreprises en place ne seront pas nécessairement supplantées par les nouvelles venues issues de l’IA. « Il est plus difficile de distinguer les gagnants des perdants, mais cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de gagnants parmi les acteurs historiques, même parmi les entreprises déclassées », explique-t-il.

