C’était la dernière réunion de politique monétaire de Jerome Powell en tant que président de la Réserve fédérale, mais il n’est pas prêt à quitter complètement la scène.
Lors de sa réunion d’aujourd’hui, la banque centrale a maintenu le taux des fonds fédéraux inchangé, ce qui n’a surpris personne. Ce taux est maintenu dans une fourchette cible de 3,50 % à 3,75 % depuis la dernière baisse intervenue en décembre 2025. Avant cette récente pause, le taux avait été abaissé de 1,75 point de pourcentage au total entre septembre 2024 et décembre 2025.
Sur les 12 membres du Comité fédéral de l’open market, 11 se sont prononcés en faveur du maintien des taux, Stephen Miran étant le seul (et éternel) dissident à avoir plaidé en faveur d’une baisse.
Le communiqué de presse publié aujourd’hui était pour l’essentiel identique à celui qui avait suivi la réunion précédente. Il est toutefois intéressant de noter que trois membres du FOMC ont déclaré que, bien qu’ils soutiennent la décision d’aujourd’hui, ils « n’approuvaient pas l’inclusion d’une orientation accommodante dans la déclaration à ce stade ». Mais comme la déclaration fait simplement référence à des « ajustements supplémentaires » du taux des fonds fédéraux sans préciser d’orientation, il est difficile d’interpréter cette réserve autrement que comme une simple subtilité stylistique.
Le marché obligataire semble peut-être y déceler un signal plus clair, puisque la probabilité d’une baisse des taux en 2026 est tombée aujourd’hui à environ 3 %, contre plus de 18 % hier, même si la hausse des prix du pétrole joue également un rôle dans cette évolution. Quoi qu’il en soit, nous partageons l’avis selon lequel une baisse en 2026 est hautement improbable. Nous ne prévoyons pas de reprise des baisses de taux avant 2027.
Comme l’a indiqué M. Powell, les prix de l’indice des dépenses de consommation personnelle devraient afficher une hausse de 3,5 % sur les douze mois se terminant en mars (les données seront publiées jeudi), leur plus haut niveau depuis 2023. Ce chiffre devrait encore progresser pour s’établir à environ 3,8 % dans les données d’avril.
Pour l’instant, nous continuons de penser que la Fed a raison de croire qu’en reportant de nouvelles baisses de taux, elle peut maîtriser les pressions inflationnistes. L’impact du choc pétrolier et des droits de douane devrait finir par s’estomper. Parallèlement, la marge de manœuvre sur le marché du travail et la tendance à la baisse de la croissance des salaires qui en résulte devraient exercer une pression à la baisse sur l’inflation sous-jacente.
Le scénario d’inflation « sans ancrage » pour les taux
Toutefois, nos hypothèses optimistes (ainsi que celles de la Fed) concernant l’inflation pourraient s’avérer erronées si la guerre en Iran s’éternisait bien plus longtemps que prévu et/ou si le processus inflationniste venait à « se déstabiliser », l’inflation élevée acquérant alors un élan qui s’autoalimente. Dans ce scénario, la Fed devrait renoncer à toute baisse des taux jusqu’en 2027, voire procéder à une légère hausse.
Selon notre analyse actuelle, le nouveau président Kevin Warsh mènera une politique monétaire suffisamment restrictive si une inflation élevée l’exige, malgré les espoirs du président Donald Trump de voir s’instaurer une politique nettement plus accommodante. L’engagement de la Fed en faveur d’une politique monétaire appropriée devrait être particulièrement solide dans la mesure où M. Powell reste au Conseil des gouverneurs, ce qu’il a l’intention de faire (la durée de son mandat « restant à déterminer »). Si M. Powell reste en poste, le nouveau membre (et le plus proche collaborateur de M. Trump), M. Miran, sera contraint de céder sa place pour faire de la place à M. Warsh.
M. Powell a déclaré qu’il s’attachait principalement à faire en sorte que la menace d’« attaques juridiques » contre la Fed s’atténue avant de quitter ses fonctions de gouverneur. Cependant, on ne peut s’empêcher de penser que son attachement à ce que la politique monétaire soit menée avec le soin et l’indépendance qui s’imposent joue également un rôle. Bien que M. Powell ait affirmé ne pas souhaiter endosser le rôle d’une sorte de « président fantôme », il servirait sans aucun doute de point de ralliement pour le personnel de la Fed, actuellement sous pression.

