Points clés à retenir
- Il existe bel et bien des fonds qui affichent une surperformance durable, mais cela reste rare et est souvent lié à une exposition au risque.
- Dans les catégories où la concurrence des gestionnaires actifs est plus forte, ou bien là où il existe des alternatives passives à faible coût facilement accessibles, les avantages en termes de performance ont moins de chances de perdurer.
- Les performances passées semblent plus utiles pour identifier les fonds susceptibles de continuer à rencontrer des difficultés.
Les investisseurs se fient souvent aux performances passées lorsqu’ils choisissent des fonds. Les rendements historiques élevés sont faciles à observer et à comparer, et sont fréquemment mis en avant dans les classements, les recommandations et les médias financiers. Par conséquent, les fonds qui ont surperformé leurs concurrents suscitent souvent un intérêt accru de la part des investisseurs et attirent davantage de capitaux, car leurs antécédents sont généralement interprétés comme des indicateurs de qualité ou de compétence de la direction.
La question importante est toutefois de savoir si les résultats passés ont tendance à se maintenir. Notre étude portant sur les fonds d’actions et obligataires domiciliés en Europe entre 2010 et 2025 montre qu’il est difficile de maintenir une performance solide. Les fonds qui se classaient parmi les meilleurs de leur catégorie une année donnée n’avaient que peu de chances de conserver cette position l’année suivante. Beaucoup sont revenus vers le milieu du classement, et certains ont chuté en bas du classement.
Les performances récentes élevées peuvent constituer un point de départ utile pour l’analyse, mais elles sont rarement suffisantes à elles seules. Comme le montre le tableau ci-dessous, parmi les fonds classés dans le quintile supérieur au cours d’une année, 25,0 % y sont restés l’année suivante, et une part presque identique, soit 24,6 %, est soit tombée dans le quintile inférieur, soit a disparu à la suite d’une fusion ou d’une liquidation.
Tableau de bord de la pérennité : pérennité sur un an des fonds gérés activement
Le signal est plus clair à la baisse. Les fonds classés en bas du tableau avaient davantage de chances de rester faibles ou de disparaître que de se redresser de manière significative : 34,9 % d’entre eux sont restés dans le quintile inférieur ou ont fait l’objet d’une fusion ou d’une liquidation, tandis que seuls 17,8 % ont rejoint le quintile supérieur. Les performances passées semblent donc plus utiles pour identifier les fonds susceptibles de continuer à rencontrer des difficultés que pour repérer les gagnants récents qui continueront sur leur lancée.
L’une des raisons pour lesquelles la persistance des performances peut être difficile à interpréter tient au fait qu’elle ne reflète pas entièrement les compétences du gestionnaire et qu’elle peut être liée à des expositions au risque constantes. Parmi les fonds d’actions, la persistance est étroitement liée à la dynamique du marché boursier. La persistance des fonds d’actions gérés activement a tendance à augmenter lorsque les performances liées à la dynamique boursière sont élevées. Les fonds orientés vers les valeurs récemment performantes tirent profit de la poursuite de leur leadership sur le marché, ce qui les rend plus susceptibles de conserver leurs meilleures performances. Mais cette même exposition peut devenir un frein lorsque la dynamique s’inverse, en particulier sur des marchés volatils. Cela suggère qu’une partie de cette persistance apparente reflète un facteur de marché récompensé — ou une exposition au risque — plutôt qu’une sélection de titres systématiquement supérieure.
Si les performances passées ne suffisent pas à elles seules, les frais constituent l’un des indicateurs les plus clairs et les plus concrets de notre étude. Les fonds à faibles frais ont plus de chances de se maintenir dans le haut du classement, tandis que les fonds à frais élevés sont plus susceptibles de rester dans le bas du classement.
Persistance de la performance des fonds actifs sur différents horizons
Les fonds moins chers présentent un avantage
Parmi les fonds peu coûteux, 25,9 % se maintiennent dans le quintile supérieur, contre seulement 18,1 % pour les fonds coûteux. L’écart est encore plus marqué dans le bas du classement : 41,4 % des fonds coûteux restent dans le quintile inférieur, sont fusionnés ou liquidés, contre 29,2 % des fonds peu coûteux. Dans l’ensemble, des frais moins élevés ne garantissent pas le succès, mais ils confèrent aux fonds un avantage significatif. Des frais plus élevés constituent un obstacle qu’il faut surmonter année après année.
D’autres caractéristiques des fonds sont également liées à la pérennité de la performance. Les fonds de plus petite taille et ceux qui enregistrent des sorties de capitaux sont plus susceptibles d’afficher une faiblesse persistante. La dynamique concurrentielle semble également jouer un rôle : dans les catégories d’ s soumises à une pression accrue de la part des gestionnaires actifs, ou dans lesquelles des alternatives passives à faible coût sont facilement accessibles, les avantages en termes de performance ont moins de chances de perdurer. La notation « Morningstar Rating » permet également d’identifier les fonds les plus susceptibles de maintenir une performance solide.
Les investisseurs devraient se garder de supposer que les fonds qui ont récemment enregistré de bons résultats continueront sur cette lancée. Il existe certes des surperformances durables, mais elles sont rares et souvent liées à une exposition au risque. Les mauvaises performances, les frais élevés et un environnement de plus en plus concurrentiel constituent des signaux d’alerte plus fiables. Pour les investisseurs à long terme, les données suggèrent une approche plus fiable que celle consistant à se fonder sur les performances récentes : accorder davantage d’importance aux coûts, au risque, au processus d’investissement et à la capacité d’expliquer les performances passées de manière cohérente et reproductible.
Cet article est extrait du rapport de Morningstar intitulé « La persistance des performances des fonds communs de placement européens ».

