Points à retenir
- Le cessez-le-feu dans la guerre en Iran a permis aux marchés boursiers de rebondir grâce à la baisse des cours du pétrole, mais les analystes estiment que de grandes incertitudes subsistent.
- Les analystes préviennent qu’il faudra peut-être un certain temps avant que les prix du pétrole ne reviennent à leurs niveaux d’avant-guerre, compte tenu des perturbations qui affectent le transport maritime, le secteur des assurances et les chaînes d’approvisionnement physiques.
- Selon Capital Economics, la remise en service des centres de production pétrolière endommagés pourrait prendre entre quatre et six semaines.
Même si un cessez-le-feu a été conclu dans le conflit avec l’Iran, les analystes mettent en garde les investisseurs contre toute attente d’un retour rapide à la normale de l’économie mondiale et des marchés.
L’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines — ainsi que de négociations visant à mettre définitivement fin à la guerre — a stimulé les marchés boursiers et entraîné une baisse des cours du pétrole. Mais des questions subsistent quant à la manière dont les pourparlers vont évoluer, à la capacité du détroit d’Ormuz à rester ouvert de manière fiable, et à la rapidité avec laquelle la production d’énergie interrompue pourra reprendre. En outre, les dégâts considérables subis par les infrastructures d’énergie et industrielles de la région signifient que la reconstruction de certaines chaînes d’approvisionnement, telles que celles du gaz naturel liquéfié ou de l’aluminium, pourrait prendre des mois, voire des années.
« Le chemin vers la normalisation est long et semé d’innombrables incertitudes », déclare Ole Hansen, responsable de la stratégie sur les matières premières chez Saxo Bank.
Les prix du pétrole et du gaz devraient rester élevés
Plus de cinq semaines de combats au Moyen-Orient ont mis hors service des dizaines de raffineries, d’installations de stockage et de gisements de pétrole et de gaz, tandis que les primes d’assurance ont grimpé en flèche et que le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz s’est pratiquement arrêté. Selon David Oxley, économiste en chef chargé du climat et des matières premières chez Capital Economics, tout retour à la normale risque d’être très « en dents de scie ».
M. Oxley estime qu’il faudra au moins dix jours pour désengorger le détroit. Par ailleurs, il pense qu’il faudra entre quatre et six semaines pour que la production pétrolière reprenne dans les installations fermées du golfe, à condition que suffisamment de pétroliers soient incités à entrer dans le détroit, compte tenu des risques persistants.
Selon Matthew Ryan, responsable de la stratégie de marché chez Ebury, le volume du trafic maritime qui commencera à transiter par le détroit reste une grande inconnue. « Des incertitudes subsistent également quant à l’ampleur du trafic maritime à travers le détroit d’Ormuz, compte tenu des primes d’assurance toujours extrêmement élevées et du risque accru de nouvelles attaques », explique-t-il. « Nous nous attendons à ce que la volatilité reste élevée dans les jours à venir, alors que les investisseurs scrutent à la fois les détails des négociations et les données relatives au trafic maritime. »
Les contrats à terme sur le Brent ont chuté de 14 % mercredi, à 94 dollars le baril, mais les prix restent en hausse de 30 % par rapport à leur niveau d’avant le début de la guerre. « Le cessez-le-feu n’offre aucune garantie que les hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran aient pris fin de manière définitive, ni, par conséquent, que l’approvisionnement en pétrole et en gaz provenant de la région va commencer à se normaliser », explique Grant Slade, économiste international chez Morningstar.
Selon Capital Economics, les cours du pétrole devraient désormais osciller autour de 95 $ US tout au long du deuxième trimestre, avant de retomber à 80 $ US d’ici la fin de l’année.
« Le niveau des prix du pétrole auquel nous étions habitués avant la guerre a peu de chances de revenir dans le contexte actuel », déclare Lindsay James, stratège en investissement chez Quilter Investors.
Conséquences à long terme sur la production de gaz
Par ailleurs, la normalisation de l’approvisionnement en gaz prendra probablement encore plus de temps, compte tenu des graves perturbations subies par les installations. QatarEnergy, le plus grand producteur mondial de gaz naturel liquéfié, a invoqué la force majeure le mois dernier et a averti que les attaques iraniennes avaient anéanti 17 % de sa capacité pour une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans. « Cela ne se rétablira pas de sitôt. Je ne pense toujours pas que nous ayons pleinement pris la mesure des implications de cette situation sur le marché mondial de l’énergie », déclare M. Oxley. « Même en cas de retour à la normale, le fait que les installations gazières aient subi des dommages à long terme signifie que des séquelles persisteront. »
Les prix européens du gaz naturel, mesurés par l’indice de référence européen TTF, ont chuté de 15 % mercredi pour s’établir à 45 euros par MWh. Capital Economics estime que les prix devraient se maintenir autour de ce niveau au deuxième trimestre avant de remonter au second semestre, alors que les principaux importateurs d’Europe et d’Asie se disputeront les approvisionnements. M. Oxley ajoute que les sous-produits essentiels du GNL, notamment les engrais azotés et l’hélium (utilisé dans les semi-conducteurs et les équipements médicaux), pourraient continuer à faire l’objet de perturbations pendant encore quelque temps.
Les marchés boursiers et obligataires attendent des éclaircissements sur les négociations
Charu Chanana, stratège en chef des investissements chez Saxo Bank, fait remarquer que les secteurs durement touchés par la guerre semblent bien placés pour tirer le plus grand profit de la baisse des prix du pétrole et de l’amélioration des perspectives économiques.
Néanmoins, les analystes suggèrent qu’un retour complet à un comportement d’investissement risqué dépendra du succès des négociations. « Nous pensons que les acteurs du marché ne s’engageront pas pleinement dans un comportement d’investissement risqué, et que ni les contrats à terme sur le pétrole ni le dollar ne reviendront à leurs niveaux d’avant-guerre, tant qu’un accord permanent n’aura pas été conclu », déclare Matthew Ryan, responsable de la stratégie de marché chez Ebury.
Les cours des obligations d’État ont également grimpé grâce aux espoirs d’une amélioration des perspectives d’inflation, les marchés ayant revu à la baisse leurs récentes anticipations de hausses des taux d’intérêt.
Mme Chanana indique que les marchés pourraient à nouveau commencer à anticiper certaines baisses de taux, mais elle ajoute qu’ils « ne parviendront probablement pas à effacer totalement le choc récent, à moins que les flux d’énergie ne se normalisent rapidement et que la diplomatie tienne bon ». Elle poursuit : « Il s’agit d’une pause, et non d’une remise à zéro complète ; ainsi, un soulagement tactique peut se poursuivre à court terme, mais les risques structurels liés au pétrole, à l’inflation et à la géopolitique n’ont pas disparu. »

