Points à retenir
- La Banque du Canada a maintenu son taux d’intérêt directeur inchangé, marquant ainsi une septième pause consécutive.
- Les décideurs politiques ont souligné le risque accru qui pèse sur la croissance en raison de l’aggravation du conflit commercial avec les États-Unis et de la hausse de l’inflation liée à la guerre en Iran.
- Certains analystes perçoivent un changement de ton de la Banque en faveur d’une hausse, mais la plupart estiment que les taux resteront stables jusqu’en 2026.
La Banque du Canada a maintenu son taux d’intérêt directeur à 2,25 % pour la septième fois consécutive. Mercredi, les responsables de la politique monétaire ont justifié leur décision par les effets contraires de la hausse des prix de l’énergie, liée à la reprise des hostilités au Moyen-Orient, et par la perspective de répercussions économiques négatives dues aux nouveaux droits de douane américains et à ceux qui sont envisagés. De nombreux analystes estiment que la banque centrale continuera à évaluer ces facteurs en restant en retrait, au moins jusqu’à la fin de l’année.
Dans sa déclaration de politique monétaire, la Banque a indiqué que la décision de maintenir les taux inchangés résultait de forces contradictoires : le risque d’une hausse de l’inflation et la viabilité de la récente reprise économique. L’inflation au Canada en juillet a montré des signes de reprise, l’indice des prix à la consommation (IPC) ayant progressé à 3,0 %, contre 2,8 % en juin. L’IPC fondamental, hors alimentation et énergie, a grimpé à 1,9 % en glissement mensuel, contre 1,8 % le mois précédent. Parallèlement, le produit intérieur brut (PIB) du Canada a rebondi, enregistrant une croissance annualisée de 3,3 %, contre 0,3 % au premier trimestre.
« Les risques à la hausse entourant l’inflation ont augmenté, et les nouveaux droits de douane rendent les perspectives de croissance plus incertaines », a déclaré la Banque. Elle « se tient prêt à ajuster la politique monétaire selon les besoins ». La Banque a maintenu son taux d’intérêt directeur au jour le jour inchangé depuis décembre, après l’avoir abaissé d’un point de pourcentage en 2025.
Voici un aperçu plus détaillé des commentaires des économistes concernant la décision de la Banque du Canada et les perspectives en matière de taux d’intérêt.
La Banque du Canada devrait rester en retrait jusqu’en 2027
« Ce communiqué résume bien la situation : « les risques à la hausse pesant sur l’inflation se sont accrus, tandis que les nouveaux droits de douane rendent les perspectives de croissance plus incertaines », ce qui contraint la Banque du Canada à rester en retrait. Les décideurs feront preuve de patience tout en évaluant l’évolution de ces risques. Nous continuons de tabler sur le maintien des taux inchangés par la Banque du Canada jusqu’en 2027. »
—Benjamin Reitzes, Premier directeur général, Taux canadiens et macroéconomie, BMO Études économiques
L’accent mis par la Banque sur l’inflation révèle une tendance à la hausse des taux
« La Banque du Canada a adopté un ton plus restrictif lors de l’annonce de son taux directeur aujourd’hui, soulignant que « les risques à la hausse pesant sur l’inflation se sont accrus » et qu’elle est « prête à ajuster la politique monétaire selon les besoins ». Nous n’interpréterions pas cela comme le signe d’une hausse imminente des taux, mais nous devrons probablement avancer notre prévision concernant la première hausse, actuellement prévue pour le deuxième trimestre 2027. »
« Le reste des communications laisse entendre qu’il ne s’agissait pas là d’un signal annonçant une hausse dès la prochaine réunion, en octobre. Étant donné qu’il semble de plus en plus probable que les cours du pétrole se maintiennent à des niveaux proches de ceux actuels jusqu’à la fin de l’année, plutôt que de reculer comme nous l’avions initialement supposé, une hausse des taux d’intérêt lors de la dernière réunion de l’année, en décembre, semble désormais plus probable que notre prévision actuelle, selon laquelle la Banque attendra jusqu’en juin 2027. »
—Brown, Économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics
Aucune évolution des taux n’est attendue d’ici la fin de l’année
« Sans surprise, dans le contexte incertain d’une guerre commerciale, la Banque du Canada a choisi aujourd’hui de maintenir ses taux d’intérêt inchangés et, lors d’une réunion ne nécessitant pas de nouvelles projections économiques, n’en a pas vraiment fourni. Elle a souligné la croissance solide des États-Unis, la résilience mondiale et la reprise évidente et généralisée de l’économie canadienne au deuxième trimestre. Cependant, l’incertitude récemment accrue concernant les relations commerciales brouille trop ce tableau pour permettre de se prononcer de manière définitive sur ce que l’avenir nous réserve. »
« Les risques d’inflation sont liés à d’éventuelles répercussions de la hausse des prix du pétrole et des droits de douane, mais les risques de hausse de l’inflation, ainsi que les risques de ralentissement de la croissance, justifiaient une attitude attentiste. La Banque a certes estimé que l’impact direct de la dernière série de droits de douane ne serait pas important, mais elle a invoqué les incertitudes liées au commerce comme constituant un frein supplémentaire. Le marché semble accorder une plus grande pondération aux craintes liées à l’inflation qu’au manque de confiance dans les perspectives de croissance, mais nous voyons peu de chances qu’un changement de politique intervienne dans un sens ou dans l’autre d’ici la fin de l’année, étant donné que tant la situation du pétrole que celle des guerres commerciales pourraient encore évoluer au cours des mois à venir. »
—Avery Shenfeld, Directeur général et économiste en chef chez Marchés des capitaux CIBC
La prochaine évolution probable des taux sera à la hausse, mais pas cette année
« Nous considérons cette déclaration comme plus restrictive que celle de juillet et nettement plus restrictive que celle de juin — à tout le moins, la banque n’adopte clairement pas une position accommodante. Le changement le plus marquant réside dans la conjonction d’une croissance plus forte et d’un risque d’inflation plus élevé. Les indicateurs de base restent proches de l’objectif et le PIB du deuxième trimestre s’est établi à 3,3 % en rythme annualisé. Macklem n’a aucune urgence et toutes les incitations à attendre. Toutefois, si l’économie poursuit sur sa lancée actuelle, la prochaine mesure sera un relèvement des taux. Celui-ci pourrait ne pas intervenir avant 2027, la Banque du Canada attendant de voir comment évoluent les droits de douane et les prix de l’énergie. »
—Philip Petursson, stratège en chef des placements chez IG Gestion de patrimoine
Pas de hausse des taux avant 2027
« Dans l’ensemble, le communiqué et les déclarations semblent pencher vers une orientation restrictive, alors qu’ils devraient sans doute adopter un ton plus neutre. L’inflation sous-jacente se situant dans la fourchette visée et l’économie fonctionnant avec une certaine marge de manœuvre, il n’y a pas lieu de modifier les taux, et c’est précisément ce que nous avons constaté aujourd’hui : tenir un discours restrictif, ne rien faire, préserver la crédibilité. Nous considérons qu’il s’agit là de la voie de la moindre résistance. »
« Si la guerre commerciale s’essouffle et/ou si l’économie poursuit sa reprise, nous comblerons l’écart de production vers la fin de l’année 2026 ou au début de l’année 2027, ce qui signifie qu’ils souhaiteront ramener les taux vers le point médian de la fourchette neutre (ils estiment que la fourchette neutre se situe entre 2,25 % et 3,25 %, donc les taux pourraient peut-être remonter vers 3 %). Si la vigueur observée au deuxième trimestre s’estompe, ils maintiendront probablement leurs taux inchangés encore plus longtemps. Les prix de l’énergie restant élevés, le seuil à franchir pour une baisse des taux est élevé. Nous pensons donc que les taux resteront inchangés, la balance des risques penchant en faveur de hausses en 2027. »
—Étienne Bordeleau-Labrecque, vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Partenaires Ninepoint
Le gel des taux devrait se poursuivre jusqu’à l’année prochaine
« La déclaration d’aujourd’hui présente une analyse équilibrée de la situation économique. Les données récentes indiquent que la croissance a retrouvé un certain élan, mais les décideurs politiques restent sur leurs gardes face à la résurgence des tensions commerciales et à l’incertitude géopolitique persistante, qui pourraient rapidement modifier les perspectives. En l’absence d’un rapport sur les perspectives monétaires (MPR) actualisé, la prochaine décision de la Banque du Canada (le 28 octobre) revêtira sans doute une importance accrue, car elle constituera la première occasion de présenter de nouvelles prévisions à la lumière des développements récents. »
« Pour l’instant, cela permet à la Banque du Canada de se maintenir dans une position confortable. Les pressions inflationnistes sous-jacentes restant globalement maîtrisées et les risques liés aux droits de douane tirant la croissance et l’inflation dans des directions opposées, nous continuons de tabler sur le maintien des taux inchangés tout au long de l’année prochaine, tandis que la Banque conserve une marge de manœuvre au cas où la situation se détériorerait ou si l’inflation s’avérait plus persistante que prévu. »
—Marc Ercolao, économiste chez Services économiques TD

