Points à retenir
- L’économie canadienne a connu une croissance rapide au deuxième trimestre, portée par une forte hausse des exportations.
- Selon les économistes, les données anticipées du PIB sont restées stables en juillet, ce qui laisse entrevoir un ralentissement de la croissance.
- Selon les analystes, les perspectives économiques restent assombries par l’escalade de la guerre commerciale avec les États-Unis.
L’économie canadienne a affiché une forte croissance au deuxième trimestre 2026, les exportations liées à l’automobile ayant progressé à leur rythme le plus rapide depuis trois ans. Toutefois, selon les analystes, l’escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada devrait inciter la Banque du Canada à maintenir le statu quo.
Statistique Canada a fait état d’une accélération significative du produit intérieur brut au deuxième trimestre, avec une croissance de 3,3 % en rythme annualisé. Cette croissance a été principalement tirée par la plus forte hausse des exportations depuis 2023, portée par une augmentation de 27 % des exportations de voitures particulières et de camionnettes. La vigueur des investissements des entreprises et des dépenses des ménages a également contribué à dynamiser l’économie.
Le rapport comprenait également des données révisées pour le trimestre précédent, indiquant que l’économie avait progressé de 0,3 % en rythme annualisé, contre une baisse de 0,1 % initialement annoncée. Le PIB de 2025 ayant reculé de 0,1 % au quatrième trimestre de 2025, les dernières données montrent que l’économie a échappé à la définition technique d’une récession (deux trimestres consécutifs de PIB négatif).
Le mois de juillet a toutefois marqué le début d’un trimestre plus atone, une estimation préliminaire indiquant une stagnation du PIB pour ce mois.
Bien que le PIB du deuxième trimestre ait affiché de bons résultats, les économistes estiment que l’aggravation du conflit commercial avec les États-Unis a assombri les perspectives économiques du Canada et que le ralentissement observé en juillet vient renforcer l’hypothèse d’un statu quo des taux jusqu’à la fin de l’année. La Banque du Canada maintient ses taux d’intérêt inchangés depuis décembre. Les responsables monétaires doivent se prononcer sur leur prochaine décision en matière de taux le 2 septembre.
À la suite de la publication du rapport sur le PIB, l’indice composé S&P/TSX a reculé de 0,47 % pour s’établir à 36 676,57, tandis que l’indice Morningstar Canada a baissé de 0,62 % pour s’établir à 6 534,62. Le dollar canadien s’est déprécié de 0,22 % face au dollar américain, s’établissant à 1,38 $ CA.
Voici quelques extraits des commentaires des analystes concernant le rapport sur le PIB du deuxième trimestre.
Une croissance impressionnante, mais les conflits commerciaux assombrissent la situation
« Bien que ces résultats soient globalement impressionnants, ils ne sont pas de nature à modifier de manière significative la situation dans l’ensemble pour la Banque du Canada. L’économie a affiché des résultats supérieurs aux prévisions de la Banque au deuxième trimestre (celle-ci tablait sur 2,5 %) et semblait prendre de l’élan, mais le démarrage atone du troisième trimestre et la recrudescence des tensions commerciales ont jeté une ombre sur les perspectives à court terme. Une évolution encourageante, confirmée par la légère reprise observée au deuxième trimestre, est le retour en force des investissements des entreprises, en particulier dans le secteur de la fabrication et des équipements (qui affiche désormais une hausse de 6,3 % en glissement annuel).
Néanmoins, la Banque du Canada attendra probablement de voir comment l’économie réagit à la dernière dispute tarifaire — et comment celle-ci évolue — avant de déterminer l’orientation future des taux. Il faut s’attendre à ce que la Banque du Canada maintienne ses taux inchangés jusqu’en 2027. Cette position pourrait perdurer jusqu’à une date avancée de l’année prochaine, en fonction de l’évolution du contexte commercial et de la manière dont la croissance et l’inflation réagissent aux droits de douane et aux contre-mesures tarifaires. »
—Douglas Porter, Économiste en chef chez BMO Economics
Le PIB du deuxième trimestre est encore meilleur que ne le laisse supposer le chiffre global
« La composition de la croissance du PIB au deuxième trimestre s’est avérée encore plus favorable que ne le laisserait supposer la solide progression annualisée de 3,3 %, même si l’estimation préliminaire d’un PIB inchangé en juillet et les difficultés liées aux nouveaux droits de douane américains laissent penser qu’il est peu probable que cet élan se maintienne. »
—Ariane Curtis, Économiste spécialisée dans l’Amérique du Nord chez Capital Economics
Les guerres commerciales et le ralentissement observé en juillet laissent présager un statu quo de la Banque du Canada
« Compte tenu de la récente escalade des tensions commerciales avec les États-Unis, et alors que les données mensuelles indiquent que l’économie était déjà en train de ralentir avant même l’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane, la publication d’aujourd’hui sera considérée comme une information déjà connue et ne modifie en rien nos prévisions selon lesquelles la Banque du Canada maintiendra ses taux inchangés. »
—Andrew Grantham, Économiste principal chez Marchés des capitaux CIBC
Un coup de pouce grâce à la Coupe du monde
« [La croissance du deuxième trimestre] s’explique en partie par l’activité économique liée à la Coupe du monde de la FIFA. Il n’est donc pas surprenant que l’estimation préliminaire du PIB de juillet indique une croissance nulle pour ce mois-ci, les vents favorables de la Coupe du monde s’étant estompés. »
« Même si le fait que l’économie ait affiché une meilleure santé à l’approche du mois d’août constitue un élément favorable, la nouvelle vague de protectionnisme introduit une part importante d’incertitude dans les perspectives. En conséquence, le marché des taux n’a guère réagi à la confirmation que la reprise au deuxième trimestre avait été plus forte que ne l’avait prévu la Banque du Canada en juillet. Les acteurs du marché continuent de s’attendre à ce que les responsables monétaires restent en retrait jusqu’à la fin de l’année. »
—Royce Mendes, Gestionnaire et responsable de la stratégie macroéconomique chez Desjardins Marché des capitaux
Le second semestre de 2027 pourrait connaître plusieurs hausses
« [Malgré un trimestre solide], les perspectives sont désormais plus incertaines. Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis se sont intensifiées, et bien que les derniers droits de douane américains ne concernent qu’une part relativement faible des exportations canadiennes, ils risquent d’accroître l’incertitude et de retarder les décisions d’investissement. Les mesures de rétorsion prévues par le Canada pour le 8 septembre devraient exercer une légère pression inflationniste et pourraient provoquer de nouvelles restrictions commerciales de la part des États-Unis. »
« Dans ce contexte, nous nous attendons à ce que la Banque du Canada fasse preuve de prudence et évite de réagir de manière excessive à un choc commercial dont les conséquences économiques ne sont pas encore pleinement connues. En supposant que les tensions finissent par se stabiliser, nous continuons de tabler sur trois hausses de taux à partir du second semestre 2027. »
—Dominique Lapointe, Stratège principal, Macroéconomie mondiale, Gestion de placements Manuvie
Les nouveaux droits de douane américains pèseront sur l’économie canadienne
« Le problème pour l’avenir est que l’incertitude commerciale refait surface avec l’imposition de nouveaux droits de douane américains, les mesures de rétorsion canadiennes attendues au début du mois prochain et la perspective d’une nouvelle escalade difficile à écarter. Comme nous l’avons déjà indiqué, les droits de douane récemment imposés devraient réduire la croissance de 0,3 à 0,6 point de pourcentage au cours de l’année à venir. La croissance resterait ainsi, jusqu’en 2027, autour de 1 %, mais une nouvelle escalade risquerait de faire baisser encore ce chiffre. »
—Andrew Hencic, directeur et économiste principal chez TD Economics

