Morningstar DBRS : Alors que la fumée envahit le Canada, les assureurs s’en sortent relativement indemnes

Malgré l’ampleur des incendies, les demandes d’indemnisation devraient rester limitées, et les assureurs sont bien placés pour absorber des pertes modérées.

Illustration d’un drapeau canadien accompagnée d’icônes graphiques et de courbes de séries chronologiques.

Points à retenir

  • La superficie brûlée au Canada depuis le début de l’année est légèrement supérieure à la moyenne sur dix ans, mais les incendies les plus importants restent concentrés dans les régions reculées du nord-ouest de l’Ontario et du nord du Québec, ce qui limite le nombre de sinistres directs relevant de l’assurance habitation et de l’assurance commerciale.
  • Les pouvoirs publics et les assureurs renforcent leurs initiatives de prévention des sinistres liés aux feux de forêt. Toutefois, l’absence d’un programme public de garantie spécifique expose en fin de compte les assureurs et les assurés à des sinistres extrêmes liés aux feux de forêt.
  • Grâce à une solide rentabilité technique, à des réserves de capital, à une tarification adéquate des biens mobiliers et à l’amélioration des conditions de réassurance, les assureurs de l’industrie de l’assurance des biens et des sinistres (IARD) canadiens sont bien placés pour absorber des sinistres modérés liés aux feux de forêt.

Une série d’importants feux de forêt dans le nord-ouest de l’Ontario a entraîné des ordres d’évacuation, perturbé les transports et provoqué un épanchement généralisé de fumée ainsi que des problèmes de qualité de l’air dans plusieurs provinces canadiennes et certaines régions des États-Unis. La superficie brûlée au Canada depuis le début de l’année a atteint environ 2,95 millions d’hectares, dépassant la moyenne comparable sur dix ans, qui s’élève à environ 2,55 millions d’hectares. Bien que la situation mérite d’être suivie de près, nous ne pensons pas que l’activité actuelle des feux de forêt se traduise par un sinistre majeur pour le secteur canadien de l’assurance.

De plus, les assureurs canadiens ont entamé la saison 2026 mieux armés pour absorber d’éventuelles pertes que ces dernières années. Néanmoins, nous sommes en pleine saison des feux de forêt, et la situation pourrait évoluer rapidement d’ici la fin du mois d’août. L’impact final sur les assureurs dépendra moins de la superficie totale brûlée que du fait que les incendies menacent ou non les grands centres urbains et les zones où se concentrent de nombreux biens assurés.

Les feux de forêt se déplacent vers l’est

Alors que près de 900 feux de forêt font actuellement rage à travers le Canada, les incendies les plus importants de 2026 se sont principalement concentrés dans des régions isolées du nord-ouest de l’Ontario et du nord du Québec, où le taux de couverture d’assurance, la valeur des biens immobiliers, la densité de population et l’activité commerciale sont relativement faibles. Les sinistres directs liés aux biens immobiliers devraient donc rester limités, et les sinistres résultant des ordres d’évacuation, des frais de subsistance supplémentaires et de l’interruption d’activité devraient également être gérables.

Par ailleurs, la Colombie-Britannique et l’Alberta — les provinces historiquement les plus exposées à des feux de forêt coûteux — n’ont connu qu’une activité limitée jusqu’à présent en 2026. Environ 43 000 hectares ont brûlé en Colombie-Britannique et 18 000 hectares en Alberta, ce qui est bien inférieur à leurs moyennes comparables sur dix ans pour la même période de l’année, qui s’élèvent respectivement à environ 373 000 et 380 000 hectares. Le risque pour les assureurs est généralement plus élevé dans ces provinces, car de nombreuses collectivités — notamment Fort McMurray, Jasper et plusieurs villes de l’intérieur de la Colombie-Britannique — sont situées dans des zones sujettes aux feux de forêt où se concentrent d’importants biens assurés. En effet, la plupart des feux de forêt les plus coûteux survenus au Canada au cours de la dernière décennie se sont produits soit en Alberta, soit en Colombie-Britannique.

La prévention des sinistres liés aux feux de forêt s’améliore, mais des lacunes subsistent

Face à l’aggravation des risques d’incendies de forêt ces dernières années, les pouvoirs publics et les assureurs se sont orientés vers une approche plus intégrée visant à prévenir les pertes importantes liées à ces incendies. À la suite de la saison record d’incendies de forêt de 2023, le gouvernement fédéral a renforcé ses efforts de prévention des sinistres par le biais du programme FireSmart, qui soutient la gestion de la végétation, la protection des biens et la préparation aux incendies de forêt.

En 2025, les gouvernements fédéral et provinciaux canadiens ainsi que le Centre interagences canadien de lutte contre les feux de forêt ont annoncé un investissement conjoint d’environ 104 millions CAD visant à étendre le programme FireSmart et à soutenir les mesures communautaires d’atténuation des risques liés aux feux de forêt. Les assureurs viennent compléter ces efforts en encourageant les pratiques FireSmart et en investissant dans la prévention des sinistres au niveau des biens immobiliers. Bien que la réduction à plus grande échelle de l’exposition au risque d’incendie de forêt prenne du temps, une coordination renforcée entre les pouvoirs publics, les collectivités et les assureurs devrait permettre de réduire la gravité des sinistres et d’améliorer la résilience du secteur face aux futurs incendies de forêt.

Cependant, le Canada ne dispose toujours pas d’un mécanisme de soutien d’assurance public-privé dédié au partage des pertes liées aux feux de forêt extrêmes, contrairement aux mécanismes de partage des risques de catastrophe que l’on trouve dans certaines juridictions à haut risque aux États-Unis et en Europe. En 2026, les discussions politiques ont progressé autour d’une réassurance contre les catastrophes soutenue par le gouvernement fédéral, bien que l’accent soit initialement mis sur le risque sismique plutôt que sur les feux de forêt. Par conséquent, les pertes liées aux feux de forêt continuent d’être absorbées principalement par le biais de solutions d’assurance du secteur privé proposées aux Canadiens.

Un contexte de marché favorable place les assureurs en position de force

Les assureurs canadiens du secteur de l’assurance dommages abordent la saison des feux de forêt de 2026 dans une situation financière solide, malgré la tendance à la hausse des sinistres liés aux catastrophes, telle que mesurée par la moyenne mobile sur dix ans des sinistres assurés.

Une tarification globalement adéquate, une souscription rigoureuse et une solide capitalisation offrent une protection significative contre les pertes liées aux sinistres dus aux feux de forêt. Plusieurs années d’augmentations des primes dans le domaine des biens personnels ont permis aux assureurs de faire face à la hausse des coûts des sinistres, à l’inflation et à la fréquence accrue des catastrophes. Les résultats financiers de 2025 et du premier trimestre 2026 des principaux assureurs canadiens cotés en bourse dans le secteur de l’assurance incendie, accidents et risques divers (IARD) témoignent de leur rigueur en matière de tarification, avec des ratios combinés inférieurs à 95 pour cent.

Les bons résultats ont également permis aux assureurs de renforcer leurs réserves de capital et leur capacité à absorber d’éventuelles pertes liées à des catastrophes. Les conditions de réassurance sont également devenues plus favorables au cours des dernières années, l’abondance et la disponibilité de la capacité de réassurance mondiale ayant entraîné une baisse des tarifs de réassurance en 2026, ce qui a donné aux assureurs primaires une plus grande flexibilité pour réduire la volatilité de leurs résultats et améliorer les conditions de leurs programmes de réassurance. En revanche, les assureurs commerciaux restent soumis à la pression d’une concurrence accrue sur les tarifs. Nous ne prévoyons toutefois pas qu’ils soient confrontés à des sinistres commerciaux importants liés à la saison actuelle des feux de forêt.

Qu’est-ce qui pourrait changer la donne dans le secteur de l’assurance ?

Dans l’ensemble, les assureurs canadiens semblent bien placés pour absorber des pertes modérées liées aux feux de forêt, grâce à leur solide situation financière et à leur capital important, y compris des pertes modérées liées aux catastrophes au cours du premier semestre 2026. Une perte significative à l’échelle du secteur reste peu probable, à moins que les incendies n’atteignent de grands centres urbains ou que plusieurs sinistres majeurs ne se produisent en succession rapide. Les incendies qui font actuellement rage dans le nord-ouest de l’Ontario ne devraient pas se propager directement vers le sud de la province. Le risque le plus important réside dans le fait que la persistance de ces conditions météorologiques puisse déclencher de nouveaux incendies à proximité des zones peuplées, entraînant une augmentation des demandes d’indemnisation.

Un scénario plus grave impliquerait des pertes importantes survenant simultanément dans plusieurs provinces. Une telle accumulation pourrait épuiser les budgets annuels alloués aux catastrophes par les assureurs, déclencher la mise en jeu de la couverture de réassurance et augmenter les coûts de remise en état. À notre avis, un événement de grande ampleur reste un risque extrême peu probable.

L'auteur ou les auteurs ne possèdent pas de parts dans les titres mentionnés dans cet article. En savoir plus sur les politiques éditoriales de Morningstar.