Points à retenir
- Les représailles tarifaires devraient contribuer modérément à la hausse de l’inflation.
- La guerre commerciale devrait freiner la croissance économique, sans pour autant la faire sombrer dans une spirale négative.
- Selon les analystes, la Banque du Canada devrait maintenir ses taux inchangés à mesure que la guerre commerciale se poursuit.
La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada pourrait marquer une rupture majeure dans les relations entre les deux pays, mais les analystes estiment qu’elle aura plutôt des répercussions limitées que des conséquences majeures sur l’économie canadienne. Les économistes prévoient une légère hausse de l’inflation due aux droits de douane américains, tandis que la croissance économique devrait ralentir dans un contexte d’incertitude. Dans l’ensemble, ils estiment que l’impact ne sera probablement pas suffisant pour influencer les décisions de la Banque du Canada en matière de taux d’intérêt.
L’interdiction d’importation imposée par le président américain Donald Trump concernera 68 produits canadiens, notamment certaines boissons alcoolisées, des produits laitiers et des motos. Elle doit entrer en vigueur le 29 septembre. Ces produits représentaient collectivement moins de 0,3 % des importations américaines en provenance du Canada en 2025.
« Il s’agit d’une escalade, mais en raison de droits de douane de 50 % sur ces produits, bon nombre d’entre eux étaient déjà probablement trop chers pour les importateurs américains », a écrit Nathan Janzen, économiste en chef adjoint à la Banque Royale du Canada, dans une note adressée aux investisseurs. « Par conséquent, l’incidence marginale du changement sur l’économie canadienne est probablement relativement faible. »
Cette dernière mesure de Trump fait suite aux droits de douane de rétorsion imposés par le Canada à l’encontre des États-Unis, qui sont entrés en vigueur tôt mardi matin. Les économistes s’attendent à ce que ces droits de douane de rétorsion canadiens entraînent une légère hausse de l’inflation tout en pesant modérément sur la croissance économique.
Un impact relativement faible sur l’inflation
Douglas Porter, économiste en chef chez BMO Études économiques, estime que les représailles tarifaires feront grimper l’indice des prix à la consommation canadien de 0,2 à 0,3 point de pourcentage — ce qui ne devrait pas suffire à influencer la prochaine décision de la Banque du Canada sur les taux d’intérêt, prévue le 28 octobre. Si les analystes ne s’attendent qu’à une légère hausse de l’inflation, c’est en partie parce qu’ils estiment que la hausse des prix ne sera peut-être pas entièrement répercutée sur les consommateurs finaux.
L’impact inflationniste des représailles tarifaires au Canada « devrait s’avérer bien moindre dans la réalité, étant donné que la faiblesse de la demande a incité les firmes à se montrer réticentes à répercuter la hausse des coûts sur leurs prix au cours de l’année écoulée », explique Bradley Saunders, économiste pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics. Il cite l’exemple des droits de douane de rétorsion imposés par le Canada sur environ 60 milliards $ CA d’importations en provenance des États-Unis l’année dernière, précisant qu’ils n’ont fait augmenter l’inflation que de 0,3 point de pourcentage.
La Banque du Canada surveillera l’inflation
La Banque du Canada tiendra compte de l’effet inflationniste des nouveaux droits de douane canadiens lorsqu’elle ajustera sa politique monétaire. L’économie canadienne est déjà confrontée à une hausse de l’inflation liée à la reprise des hostilités au Moyen-Orient — une préoccupation majeure que les décideurs politiques ont soulignée lors de leur dernière réunion, tout en maintenant le taux directeur inchangé à 2,25 %.
Porter, de BMO, met en garde : « Toute pression à la hausse supplémentaire sur l’inflation sous-jacente, quelle qu’en soit la source, peut accroître les chances que la Banque du Canada relève ses taux à un moment donné au cours de l’année prochaine. »
Royce Mendes, directeur général et responsable de la stratégie macroéconomique chez Desjardins Marché des capitaux, estime que même une légère hausse de l’inflation de 0,1 à 0,2 point de pourcentage « pourrait inciter la Banque du Canada à adopter une position légèrement plus restrictive », l’amenant à privilégier une hausse des taux pour lutter contre l’inflation.
Les données sur l’inflation au Canada pour le mois de juillet ont montré des signes de reprise, l’IPC ayant progressé à 3,0 %, contre 2,8 % en juin. L’IPC fondamental en glissement mensuel, hors alimentation et énergie, a grimpé à 1,9 %, contre 1,8 % le mois précédent.
Les perspectives de croissance suscitent des inquiétudes
Bien que l’impact direct des contre-droits de douane sur la croissance économique doive être modéré – en raison d’une perte de pouvoir d’achat liée à la hausse de l’inflation –, une guerre commerciale prolongée jette une ombre sur les perspectives économiques du Canada. « La situation commerciale générale reste dans l’impasse, ce qui fait peser un lourd nuage d’incertitude sur l’économie canadienne », explique Mendes, de Desjardins.
La perspective de représailles continues de part et d’autre constitue une menace importante pour la croissance canadienne, selon Porter de BMO. « Je suis quelque peu surpris de voir à quel point le gouverneur de la Banque du Canada, Macklem, semblait peu préoccupé par l’impact de la guerre commerciale sur la croissance lors de la conférence de presse de la semaine dernière », ajoute-t-il.
Le produit intérieur brut du Canada a rebondi au deuxième trimestre, affichant une croissance annualisée de 3,3 %, contre 0,3 % au premier trimestre. « Plus les deux parties passeront de temps à se disputer au sujet des droits de douane de rétorsion, plus cela retardera les négociations indispensables sur l’Accord CUSMA (Canada-États-Unis-Mexique) et pèsera sur les investissements des entreprises », déclare Saunders, de Capital Economics.

