Points clés à retenir
- Après un premier semestre marqué par la volatilité, les marchés obligataires de la zone euro continueront d’être influencés par les incertitudes liées à la guerre au Moyen-Orient, à la politique monétaire de la BCE et aux décisions de chaque pays en matière de finances publiques.
- L’offre d’obligations d’État devrait augmenter, notamment en Allemagne et en France, tandis qu’elle devrait diminuer en Italie et en Espagne.
- Selon certains gestionnaires de fonds, les conditions pourraient devenir plus favorables pour les marchés obligataires au troisième trimestre par rapport au premier semestre, surtout si l’inflation se stabilise à des niveaux inférieurs à ceux actuellement anticipés par les marchés.
Les marchés obligataires de la zone euro se préparent à deux scénarios inflationnistes pour le troisième trimestre, dans un contexte marqué par une forte incertitude géopolitique et économique. Le premier scénario prévoit la fin du conflit au Moyen-Orient, entraînant une baisse des prix de l’énergie et un ralentissement de l’inflation. Le second table sur la poursuite de la guerre, ce qui entraînerait une nouvelle vague de hausses de prix — non seulement pour le pétrole et le gaz naturel, mais aussi pour les engrais et d’autres matières premières — susceptible de déclencher une nouvelle hausse des taux d’intérêt cette année. Chaque scénario a des implications importantes sur l’évolution des rendements et des cours obligataires.
En ce qui concerne le marché des obligations d’État — qui a connu une forte volatilité au cours de la première partie de l’année et qui n’a pas encore réalisé sa performance par rapport à janvier 2026 —, il faut s’attendre à plusieurs mois supplémentaires de fluctuations. Depuis le début de l’année, l’indice Morningstar des obligations d’État de la zone euro a reculé de 0,6 %.
Le risque géopolitique reste un facteur déterminant pour les obligations d’État
Au troisième trimestre, le risque géopolitique reste un facteur déterminant, selon les gestionnaires de portefeuille, car les négociations entre les États-Unis et l’Iran semblent appelées à s’éterniser, et un accord définitif semble hors de portée.
« L’incertitude restera forte, notamment en ce qui concerne les cours du pétrole et leur impact sur l’inflation mondiale », déclare Mauro Valle, responsable des titres à revenu fixe chez Generali Asset Management. Cela compliquera la tâche de la Banque centrale européenne qui, après une première hausse des taux d’intérêt en juin, devra décider s’il convient de poursuivre le resserrement de la politique monétaire sans risquer un ralentissement économique.
Dans ses projections macroéconomiques de juin, la BCE a indiqué que le conflit au Moyen-Orient « pèse sur les perspectives de croissance à court terme, les chocs liés aux prix de l’énergie et l’incertitude s’avérant plus forts et plus persistants que prévu initialement, ce qui réduit encore davantage le pouvoir d’achat et la confiance ». La BCE a revu à la baisse ses prévisions de PIB, les ramenant de 0,9 % à 0,8 % pour 2026 et de 1,3 % à 1,2 % pour 2027. Elle a également revu à la hausse ses prévisions d’inflation, les portant de 2,6 % à 3,0 % pour cette année et de 2,0 % à 2,3 % pour l’année prochaine.
Toutefois, Flavio Carpenzano, responsable de la classe d’actifs « revenus fixes » chez Capital Group pour l’Europe et l’Asie, s’attend à ce que la croissance reste « relativement solide » au troisième trimestre, tout en estimant que les risques de mauvaises surprises liées à l’inflation sont plus élevés. « Le contexte actuel peut être décrit comme une phase de croissance modérée mais toujours positive, accompagnée d’une inflation généralisée mais maîtrisable. »
La crise énergétique et les dépenses de défense pèsent sur les finances publiques
Les chocs géopolitiques ont aggravé la situation des finances publiques, et dix pays de l’Union européenne — selon Goldman Sachs — devraient faire l’objet de procédures pour déficit excessif cette année. Les raisons vont de la crise énergétique à l’augmentation des dépenses de défense, en passant par la faiblesse structurelle de l’économie et les pressions inflationnistes.
« La dernière tendance budgétaire laisse entrevoir une aggravation des déficits dans l’ensemble de la zone euro, le déficit global de la zone euro étant estimé à 3,3 % du PIB en 2026 », a écrit Goldman Sachs dans une note publiée le 19 juin. En revanche, les analystes indiquent que, sur la période 2012-2019, « les pays de l’UE ont entrepris un important effort d’assainissement budgétaire à la suite de la crise de la dette souveraine, ramenant le déficit budgétaire global de la zone euro à 0,5 % du PIB en 2018 ».
Pour se financer, les gouvernements pourraient être contraints d’augmenter leurs émissions d’obligations d’État, ce qui entraînerait une hausse de l’offre de dette. Toutefois, Andrea Campisi, gestionnaire d’investissement senior chez Pictet Asset Management, estime que les investisseurs devraient se concentrer sur l’offre nette — qui tient compte des obligations arrivant à échéance —, car il s’agit là du facteur clé pour les marchés.
« L’offre nette en 2026 pour la zone euro ne sera supérieure que de 10 milliards à celle de 2025 — un chiffre facilement gérable par les investisseurs — mais avec des divergences importantes d’un pays à l’autre. Les principaux émetteurs, tels que l’Allemagne et la France, verront leur offre nette augmenter considérablement par rapport à 2025, tandis que des pays comme l’Italie et l’Espagne la verront diminuer », explique M. Campisi.
Selon Sylvain De Bus, directeur adjoint de la division Obligations internationales chez Candriam, les principaux facteurs à surveiller sur les marchés des obligations d’État de la zone euro au cours des prochains mois seront l’évolution du conflit au Moyen-Orient, l’orientation de la politique monétaire de la Banque centrale européenne, ainsi que les développements budgétaires et politiques au niveau national, notamment en France et en Italie.
La BCE va-t-elle à nouveau relever ses taux d’intérêt en 2026 ?
Les marchés anticipent de nouvelles hausses des taux d’intérêt de la BCE en 2026, mais ils évaluent également les effets potentiels d’une nouvelle accélération de l’inflation sur la croissance économique. Si l’on ne peut exclure la possibilité d’une stagflation — à la fois stagnation économique et hausse des prix —, on estime qu’un ralentissement de la croissance pourrait atténuer l’inflation. Selon M. Campisi, de Pictet, « les anticipations actuelles du marché, qui tablent sur une hausse et demie des taux cette année, sont excessives ». On s’attend à une seule hausse supplémentaire si les chocs liés à l’énergie et aux salaires devaient surprendre à la hausse.
Selon M. Carpenzano, de Capital Group, la BCE maintiendra une « position prudente mais restrictive tout au long du troisième trimestre, après le relèvement de 25 points de base de ses taux en juin, et devrait procéder à une nouvelle hausse en septembre ».
Mark Dowding, directeur des investissements en titres à revenu fixe chez RBC BlueBay AM, estime que la BCE maintiendra ses taux inchangés lors de ses prochaines réunions. « Dans un contexte de ralentissement de la croissance économique, l’inflation devrait se modérer plus rapidement qu’aux États-Unis », indique-t-il dans une note datée du 19 juin.
Toutefois, la banque centrale ne se base pas uniquement sur les données relatives aux prix à la consommation, mais tient également compte des anticipations d’inflation. La possibilité que le choc d’offre provoqué par la guerre au Moyen-Orient puisse s’étendre aux engrais, au gaz naturel liquéfié, à l’aluminium et à d’autres matières premières — sans parler de l’impact des avancées en matière d’intelligence artificielle sur l’inflation — risque d’alimenter chez les consommateurs des anticipations de hausses de prix toujours plus importantes.
« Pour les banques centrales, le risque de voir les anticipations d’inflation se détacher de leur ancrage complique les perspectives de politique monétaire et alimente une nouvelle vague de volatilité sur les marchés obligataires », explique François Rimeu, stratège senior chez Crédit Mutuel AM, dans une note datée du 18 juin. « Dans la zone euro, cette tendance s’est avérée encore plus marquée [par rapport aux États-Unis], la volatilité sur 30 jours de l’obligation d’État française à neuf ans étant passée d’environ 3 % à plus de 8 %. »
Obligations d’État : où investir au troisième trimestre ?
Selon certains gestionnaires de fonds, les conditions pourraient devenir plus favorables pour les marchés obligataires au troisième trimestre par rapport au premier semestre, notamment si l’inflation se stabilise à des niveaux inférieurs à ceux actuellement anticipés par les marchés. Une atténuation des pressions inflationnistes pourrait entraîner une baisse des taux des obligations d’État et, par conséquent, une hausse de leurs cours. Ces deux variables évoluent en sens inverse.
« Nous nous attendons à ce que le climat sur le marché obligataire s’améliore », déclare Daniel Kittler, gestionnaire senior de portefeuille obligataire chez DWS. Il privilégie les obligations à échéance moyenne ou longue.
« Les portefeuilles de Pictet Asset Management reflètent des anticipations favorables concernant la dette souveraine libellée en euros au troisième trimestre, avec une préférence pour les échéances intermédiaires, car celles-ci offrent une meilleure protection contre d’éventuelles hausses des taux à court terme en cas de surprises liées aux effets de second tour sur les prix à la consommation », explique M. Campisi.
M. De Bus, de Candriam, indique qu’il se concentre sur les obligations à 10 ans, mais qu’il se montrera sélectif en ce qui concerne les spreads, c’est-à-dire les écarts entre les obligations périphériques, telles que les obligations italiennes, et le Bund allemand. Si les tensions géopolitiques s’apaisent, entraînant une baisse des prix de l’énergie, « nous estimons que la duration libellée en euros semble attractive à des rendements supérieurs à 2,9 % ». »La duration est une mesure de la sensibilité du prix d’une obligation aux variations des taux d’intérêt. M. De Bus maintient également une exposition sélective à certains pays d’Europe centrale et orientale, tels que la Slovénie et la Slovaquie, qui pourraient bénéficier de leur intégration dans certains indices obligataires libellés en euros en 2026.
M. Carpenzano, de Capital Group, adopte une approche plus prudente vis-à-vis de la duration en euros, « en privilégiant les rendements à court terme et les Taux européens non core ». Il reste surpondéré sur les spreads souverains de pays tels que la Grèce et l’Italie, car ceux-ci devraient continuer à se resserrer tant à court qu’à long terme, soutenus par l’amélioration des fondamentaux et le réajustement budgétaire de l’Allemagne. En revanche, il est sous-pondéré sur la dette souveraine française.
Enfin, alors que l’inflation devient de plus en plus un risque structurel, M. Rimeu, de Crédit Mutuel AM, considère que les obligations à taux variable constituent « la solution la plus adaptée, car leurs coupons sont réévalués périodiquement, ce qui leur permet de s’adapter aux changements de politique monétaire et à la hausse des taux d’intérêt. De plus, leur sensibilité aux fluctuations des taux reste très limitée, ce qui se traduit par un risque de duration minime. »

