Faits marquants
- La chute du gouvernement Bayrou ouvre une nouvelle période d’incertitude et de volatilité potentielle à court terme.
- Le risque d’une crise systémique provoquée par une détérioration des finances publiques françaises reste faible.
- Les marchés se concentreront sur la nomination d’un nouveau gouvernement et sa capacité à poursuivre l’effort de consolidation des finances publiques en 2026, qui est suivi de près par les agences de notation et la Commission européenne.
Le début d’une nouvelle période d’incertitude politique, susceptible d’alimenter une nouvelle volatilité des actions et des obligations françaises, a commencé le 8 septembre, lorsque le Premier ministre français François Bayrou a perdu la confiance du Parlement, le contraignant à démissionner de son gouvernement. Une première en France dans l’histoire de la Ve République, les investisseurs seront particulièrement attentifs à la capacité du prochain gouvernement à faire adopter un budget 2026 visant à réduire suffisamment le déficit public.
Mais si cela crée un nouveau niveau d’incertitude, une crise systémique de la dette française semble peu probable à court et moyen terme, selon plusieurs gestionnaires de fonds et stratèges.
Pas de surprise dans la chute du gouvernement
La nouvelle de la chute du gouvernement Bayrou était attendue, comme l’ont souligné plusieurs courtiers dans leurs notes.
La décision de nommer un Premier ministre sans organiser d’élections législatives, qui auraient créé une incertitude politique plus profonde, explique sans doute pourquoi la réaction des marchés a été relativement modérée ces derniers jours. Le marché boursier français a rebondi de 1,8 % depuis le 5 septembre.
Toutefois, depuis le début de l’année, les actions françaises ont accusé un retard d’un peu plus de 3 points de pourcentage par rapport au reste de la zone euro.
Sur les marchés obligataires, le rendement des obligations d’État françaises à 10 ans a atteint 3,43 % le 11 septembre, contre 3,52 % le 5 septembre et 3,54 % le 26 août, après l’annonce surprise du vote de confiance. Le rendement de la dette française était de 3,21 % à la fin de 2024.
Une hausse du rendement peut signifier que les investisseurs exigent une prime de risque, ou une rémunération supplémentaire, pour détenir de la dette française, et reflète également une baisse de la valeur marchande de l’obligation.
Volatilité attendue à court terme
Les analystes et les gestionnaires de fonds s’attendent à un retour de la volatilité sur les marchés à court terme.
« Nous pourrions assister à une certaine volatilité compte tenu des déclarations des différents camps, qui montrent clairement que le processus de formation d’un gouvernement sera compliqué », explique Xavier Chapard, stratège chez LBP AM.
L’agence de notation Fitch doit également annoncer sa décision concernant la note de crédit de la France le 12 septembre, plusieurs investisseurs s’attendant à ce que cette note soit abaissée. « Nous pensons que pour stabiliser la dette publique, la France doit dégager un excédent budgétaire primaire de 3,5 % du PIB », explique Marie-Anne Allier, gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe obligataire de Carmignac Gestion. « Or, nous ne savons pas comment y parvenir. Le plan Bayrou, qui visait 44 milliards d’euros d’économies, représentait un effort d’environ 1,5 % du PIB.
« Il n’y aura pas de drame à court terme sur le front politique, mais rien qui permette d’envisager l’avenir de l’économie française avec plus d’optimisme », ajoute-t-elle.
La France suivra-t-elle la voie de la Grèce ?
À moyen terme, le risque d’une crise systémique, comparable à celle qu’a connue la Grèce entre 2010 et 2011, semble peu probable pour de nombreux observateurs.
Pour Xavier Chapard, de LBPAM, il est très probable que le marché maintienne le spread de la France par rapport à l’Allemagne à un niveau élevé, autour de 80 points de base contre 50 points de base avant que la situation politique française ne commence à se détériorer l’année dernière.
« Selon nous, une hausse de la prime de risque, qui pèserait sur la valeur des obligations d’État, serait motivée par trois facteurs. Premièrement, un dérapage du budget 2025 - mais à la fin du mois de juillet, nous sommes plutôt en phase avec la tendance prévisionnelle d’un déficit public compris entre 5,4 % et 5,5 % ; deuxièmement, la démission du président de la République, qui déclencherait des élections anticipées, accélérant le calendrier politique en avançant les élections de 2027 à 2026, mais nous pensons que cela est très improbable. Enfin, une sanction de la Commission européenne concernant la trajectoire du déficit public une fois que nous aurons un budget pour 2026 », explique-t-il.
« Tant qu’il n’y a pas de risque majeur de cette nature, le marché maintiendra un spread élevé sur la dette française, mais il n’y a aucune raison pour qu’il cesse de financer la France et crée un choc sur la dette française », ajoute-t-il.
Le redressement des finances publiques reste le problème le plus important
Le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu doit désormais sortir la France de l’impasse budgétaire dans laquelle elle se trouve. Le dernier gouvernement en date a eu beaucoup de mal à réduire les déficits, qui atteignent des niveaux records depuis plusieurs années. Si cette situation ne s’inverse pas, cela pourrait entraîner une nouvelle volatilité sur les marchés financiers français.
« Sans mesures correctives, les dépenses publiques augmenteraient de 51,1 milliards d’euros l’année prochaine, portant le déficit à 6,1 % du PIB, bien au-dessus des 4,6 % indiqués dans le plan soumis aux autorités européennes, selon un nouveau rapport du ministère des Finances », note Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, dans un rapport publié le 8 septembre.
« Dans un contexte où la fiscalité est déjà élevée, l’équation est compliquée et continuera d’être une source d’instabilité politique, non seulement cette année, mais aussi dans les années à venir », estime l’économiste.
« La France se trouve de plus en plus dans une situation où son écart de crédit par rapport à l’Allemagne reste élevé, voire continue d’augmenter, alors que les écarts des autres pays du sud de l’Europe – Italie, Espagne, Portugal – diminuent », souligne François Rimeu, stratège chez Crédit Mutuel AM. « Depuis 2020, la situation dans ces pays a tendance à s’améliorer, mais pas en France. »

