Principaux enseignements
- Sara Devereux, responsable mondiale des obligations chez Vanguard, estime que les rendements obligataires sont attrayants et devraient le rester même après que la Fed aura commencé à réduire ses taux d’intérêt.
- Les rendements ne sont pas susceptibles de revenir aux niveaux très bas des années précédant la pandémie, de sorte que les investisseurs obligations peuvent obtenir des performances plus attrayantes grâce à la composante “coupon” des obligations.
- M. Devereux aime les obligations municipales et les crédits de bonne qualité.
Le marché obligataire a connu une année mouvementée, mais Sara Devereux, responsable mondiale des obligations chez Vanguard, estime que les investisseurs sont bien placés pour obtenir des rendements attrayants.
Selon elle, les rendements ayant augmenté par rapport aux niveaux les plus bas atteints avant la pandémie, la performance totale potentielle des obligations (les paiements d’intérêts plus la performance du prix) est attrayante. En même temps, même si la Réserve fédérale devrait commencer à baisser les taux d’intérêt dès le mois de septembre, elle pense que les rendements resteront bien au-dessus des niveaux prépandémiques.
Si l’économie se dégrade, la reprise des obligations offrira également des possibilités d’appréciation des prix qui pourront servir de bouclier à un portefeuille plus large. Mais si les prix des obligations baissent, le rendement plus élevé permet d’amortir les pertes sur les obligations.
Le conseil le plus important que M. Devereux donne actuellement aux investisseurs est le suivant : “Réexaminez la répartition de votre poche obligataire”. Nombreux sont ceux qui ont négligé les obligations lorsque les taux d’intérêt ont atteint leur niveau le plus bas et que les rendements étaient ultra-faibles. Aujourd’hui, les taux sont plus proches de leur niveau historique et les investisseurs qui n’ont pas assez investi dans les obligations devraient y prêter attention.
Continuez à découper ce coupon
Depuis décembre, la Fed a maintenu ses taux dans une fourchette de 4,25 % à 4,50 %. C’est moins que le pic du cycle de resserrement de l’été dernier, mais nettement plus que les niveaux les plus bas observés entre la crise financière de 2008 et la pandémie de grippe aviaire il y a 19 ans.
Mme Devereux s’attend à ce que les banquiers centraux commencent à réduire les taux en septembre et continuent jusqu’en 2026, même si le rythme de ces réductions pourrait ralentir. Elle s’attend à ce que la Fed atteigne progressivement un taux neutre situé quelque part entre 3,0 % et 3,5 %. C’est “remarquable”, dit-elle, car cela signifie que “les taux vont rester quelque peu élevés. Nous ne reviendrons pas à la limite inférieure du zéro”.
C’est également une bonne nouvelle pour les investisseurs obligataires. C’est “un environnement formidable pour la composante revenu” des obligations, selon Devereux, qui a rejoint Vanguard en 2019 après avoir passé 21 ans chez Goldman Sachs. À la fin du mois de juillet, son équipe supervisait 2,6 billions de dollars d’actifs à revenu fixe.
M. Devereux conseille aux investisseurs de “continuer à découper le coupon”. Contrairement à la composante d’appréciation du prix de la performance d’une obligation, qui peut être volatile, le coupon d’une obligation, ou paiement annuel des intérêts, a tendance à être prévisible sur le long terme. La performance totale d’une obligation tient compte de ces deux facteurs.
À l’heure actuelle, M. Devereux estime que la composante “revenu” des obligations constitue un “énorme vent arrière” pour la classe d’actifs en général. Il n’est pas nécessaire que les prix remontent et que les taux baissent pour que les investisseurs touchent un coupon. Si une reprise se produit et que les taux baissent, le rendement global de l’investisseur augmentera. Et si les obligations reculent, “vous disposez d’un énorme coussin de sécurité”. Ce n’était pas le cas en 2022, lorsque les rendements étaient proches de zéro. “Nous pensons que l’environnement restera favorable aux obligations”, ajoute-t-elle.
Regarder vers le coeur de la courbe des taux
Mme Devereux qualifie les rendements globaux actuels de “super attrayants”, les investisseurs étant en mesure d’obtenir des rendements de l’ordre de 4 % sur le marché relativement sûr des obligations du Trésor plutôt que d’opter pour des obligations à haut rendement plus risquées pour obtenir la même performance. Si l’on y ajoute une gestion active, elle estime que les investisseurs peuvent obtenir des performances encore plus élevées sur les obligations de haute qualité.
Selon elle, les obligations dont l’échéance se situe autour de cinq ou six ans constituent le point idéal pour les investisseurs. Dans le jargon de Wall Street, c’est ce qu’on appelle le “ventre” de la courbe de rendement, qui est une représentation graphique des rendements des obligations d’État pour différentes échéances. “Nous pensons que c’est le meilleur compromis entre le revenu et la durée”, explique-t-elle. La duration est une mesure de la sensibilité d’une obligation au risque de taux d’intérêt. Les obligations ayant des échéances plus longues ont tendance à être plus sensibles aux variations de taux et ont donc des durations plus élevées.
Investir au milieu de la courbe de rendement signifie minimiser le risque de taux d’intérêt à la fois à court et à long terme. M. Devereux explique que les investisseurs en obligations à courte échéance pourraient voir leurs rendements chuter rapidement si la Fed réduisait ses taux, tandis que les obligations à plus longue échéance sont sensibles aux variations de la prime de terme (l’évolution des exigences des investisseurs en matière de rendement en fonction du risque qu’ils perçoivent à immobiliser de l’argent pendant une période plus longue).
Un autre avantage des obligations à l’heure actuelle est la stabilisation des prix qu’elles peuvent apporter aux portefeuilles. Si la Fed procède à des réductions importantes et rapides en cas de récession, les investisseurs pourraient bénéficier d’une appréciation des prix à mesure que les rendements obligataires (et les actions) chutent. “C’est pourquoi nous essayons d’amener les gens vers le ventre de la courbe. C’est là que l’on peut obtenir d’excellents revenus. Et si la Fed réduit les Taux, vous pouvez bénéficier d’une partie de ce mouvement de prix”, dit-elle. “C’est une assurance contre la récession.
Politique budgétaire : un risque important pour les obligations
Selon Mme Devereux, le plus grand vent contraire pour les investisseurs obligataires est le déficit budgétaire croissant, qu’elle qualifie d’“insoutenable à long terme”. Les rendements des bons du Trésor à 30 ans ont dépassé les 5 % au printemps, alors que les investisseurs digéraient le projet de loi fiscale du président Donald Trump, qui était sur le point d’ajouter plus de 3 000 milliards de dollars au déficit sans réduire matériellement les dépenses.
“À un moment donné, il faudra faire des concessions, que ce soit en réduisant les dépenses ou en augmentant les recettes. Selon Mme Devereux, les marchés semblent évaluer correctement la situation du déficit à l’heure actuelle - les rendements sont restés relativement stables après l’adoption de la loi fiscale - mais une détérioration de la situation budgétaire pourrait faire grimper la prime à terme et attiser la volatilité.
Comment investir lorsque les écarts de rendement sont faibles ?
De nombreux investisseurs en titres à revenu fixe sont également préoccupés par le resserrement historique des écarts de crédit, ce qui signifie que les obligations risquées n’offrent pas beaucoup plus de rendement que les obligations plus sûres et que les investisseurs acceptent une compensation moindre en échange d’une prise de risque plus importante. “Cela limite les possibilités de hausse”, explique Mme Devereux. Néanmoins, elle met en garde contre une prise de risque trop importante pour obtenir des performances supplémentaires : “Il ne faut pas prendre trop de risques lorsque les écarts sont faibles”, dit-elle. “Si vous avez des frais élevés et un [indice de référence] fixe, vous devez prendre de plus en plus de risques pour l’atteindre. Les gens commencent à rechercher le rendement.
Mme Devereux explique que son équipe adopte l’approche inverse : “Lorsque les valorisations se dégradent, nous retirons des jetons de la table, nous devenons plus opportunistes et nous nous appuyons sur la sélection des titres plutôt que sur les énormes variations du bêta. Et lorsque les écarts se creusent à nouveau, nous sommes prêts parce que nous avons de la poudre d’escampette”. Parallèlement, elle associe les portefeuilles de crédit à une surpondération de la duration dans le ventre de la courbe des rendements, car les spreads s’élargissent souvent lorsque les rendements des bons du Trésor baissent. “Nous nous en servons comme d’une couverture, et les investisseurs peuvent en faire autant”, dit-elle.
Opportunités dans le domaine des obligations
Selon M. Devereux, les investisseurs doivent avant tout s’assurer qu’ils disposent d’une certaine allocation sur le marché obligataire : “L’indexation est un excellent point de départ. Si vous avez oublié, si votre allocation est insuffisante, ajoutez-y des obligations”. Pour les investisseurs qui souhaitent aller plus loin, “l’ensemble des opportunités dans la [gestion] active est très fort”, grâce à une volatilité élevée et à une large dispersion en ce qui concerne les valorisations.
Mme Devereux apprécie les obligations municipales, qui sont de “très haute qualité” et peu coûteuses. Elle est également une adepte du crédit de qualité, où les rendements globaux sont attrayants et où les gestionnaires peuvent trouver des opportunités idiosyncrasiques parmi les entreprises individuelles.
À l’horizon 2026, Mme Devereux voit plus loin que les droits de douane. “Il y a d’autres pieds à ce tabouret politique”, dit-elle, à savoir les réductions d’impôts et la déréglementation. “Ces deux éléments sont favorables à la croissance. Elle s’attend à ce que les bénéfices de ces deux forces se fassent sentir dans l’économie à partir de l’année prochaine. Bien que des vulnérabilités et des incertitudes subsistent, “le tableau devrait être plus rose”.
En ce qui concerne les titres de qualité, la déréglementation pourrait donner un coup de pouce aux valeurs financières en particulier. Par ailleurs, d’éventuelles modifications des exigences en matière d’effet de levier pour les banques pourraient soutenir le marché des titres du Trésor.
Rester discipliné
Face à tous les vents contraires du marché actuel, M. Devereux met l’accent sur la discipline : “La discipline permet de construire un portefeuille résistant”. Un gestionnaire discipliné peut aider les investisseurs à “optimiser et maîtriser le risque, plutôt que de l’amplifier”. Elle insiste sur le fait que les obligations ne sont pas “un commerce”, mais plutôt un stabilisateur stratégique dans les portefeuilles au fil du temps. Cela signifie que les investisseurs doivent éviter de courir après les mouvements de taux ou les gros titres et s’en tenir à un plan d’investissement conçu pour le long terme.

