Les actions et obligations françaises secouées après la décision surprise de Bayrou de faire voter la confiance

Le stress revient sur les marchés boursiers et obligataires français.

Francia

Faits marquants

  • L’annonce surprise d’un vote de confiance le 8 septembre, avec un risque élevé de démission du gouvernement Bayrou, pèse sur les marchés boursiers et obligataires français.
  • À la Bourse de Paris, le secteur bancaire est le plus touché.
  • La performance de l’incertitude politique ravive les spéculations sur une dégradation de la note de crédit de la France.

La volatilité est de retour sur les marchés après la décision inattendue du Premier ministre François Bayrou de demander un vote de confiance au Parlement le 8 septembre, alors que sa popularité et ses chances de succès sont au plus bas.

L’indice Morningstar France tombé de 1,5 % mardi, sous-performant l’indice Morningstar Developed Markets Europe, qui recule de 0,6 %. Le rendement des obligations d’État françaises (OAT) à 10 ans a augmenté de 2 points de base à 3,51 % entre lundi et mardi selon Factset. L’écart de rendement avec le Bund a atteint 78 points de base, retestant les niveaux de tension sur la dette française observés en 2024.

Les valeurs bancaires les plus touchées

Les actions des grandes banques françaises ont été les plus touchées. La Société Générale GLE a subi la plus forte baisse, avec un recul de 7,4 %, devant le Crédit Agricole ACA, en baisse de près de 6 %, et BNP Paribas BNP, en baisse de 5,3 %.

L’action Vinci DG, qui réalise une part importante de son chiffre d’affaires grâce à ses concessions autoroutières en France, a également reculé de 5,5 %.

À l’inverse, les valeurs du luxe et de la santé ont joué un rôle plus défensif : LVMH MC a gagné 0,2 % et Kering KER (+0,7 %). L’action Sanofi SAN a progressé de 0,1 %.

Un pari très risqué pour François Bayrou

Lundi 25 août, le Premier ministre a annoncé qu’il présenterait les comptes de son gouvernement devant le Parlement lors d’une session extraordinaire, avant d’entamer les discussions budgétaires d’automne visant à établir le budget 2026. Il cherche à économiser près de 44 milliards d’euros dans ce budget, dont les premières propositions, telles que la suppression de deux jours fériés, ont déjà suscité un tollé au Parlement.

S’il n’obtient pas la majorité des voix lors de ce vote, François Bayrou devra démissionner de son gouvernement, ce qui marquera le début d’une nouvelle période d’incertitude politique.

Retour de l’incertitude politique en France

« Sur la base des informations actuelles, il semble probable que la motion du gouvernement soit rejetée, ce qui entraînerait automatiquement la démission du gouvernement », soulignent Arnaud Marès et Michel Nies, économistes chez Citi, dans une note . «Dans presque tous les scénarios plausibles, cette nouvelle crise politique perpétue et intensifie l’instabilité politique et l’opacité des politiques qui pèsent sur la France depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. »

Plus grave encore, selon ces experts, ce nouvel épisode d’incertitude politique illustre une fois de plus l’incapacité du gouvernement français à contrôler ses finances publiques, ce qui ouvre la voie à la menace d’une dégradation de la note de crédit de la France dans les semaines à venir.

« La chute de Bayrou signifie que Macron devra nommer un nouveau Premier ministre, mais cela pourrait à nouveau aboutir à un gouvernement faible », a déclaré Raphael Brun-Aguerre de JPMorgan dans une note. « Une autre option pour Macron serait de convoquer de nouvelles élections à la Chambre basse, bien que le président ait récemment déclaré qu’il ne trouvait pas cette option attrayante », a-t-il ajouté.

Dans ces circonstances, le coût de la dette française devrait augmenter, selon les experts de la Société Générale.

« Nous avions anticipé un élargissement progressif du spread OAT-Bund à 10 ans au second semestre 2025, atteignant 75 pb dans notre scénario de base et 90 pb dans le scénario optimiste, en raison de la chute probable du gouvernement Bayrou, d’une instabilité politique renouvelée et d’un risque accru de dégradation de la note. Les développements récents suggèrent que ce mouvement pourrait se produire plus rapidement et plus tôt que prévu. »

Ce que l’incertitude politique signifie pour les marchés européens

Cette décision a également des répercussions en Europe. Peu après l’annonce de M. Bayrou, lundi 25 août, l’euro a chuté de 0,8 % par rapport au dollar, avant de regagner 0,2 % mardi 26 août.

Pour Citi, le pari de M. Bayrou aura inévitablement des répercussions sur le continent européen.

« L’impasse politique en France a des conséquences à l’échelle continentale (voire mondiale), car nous pensons qu’il est peu probable que l’Europe puisse réaliser des progrès significatifs en matière de défense, de politique énergétique, de réforme institutionnelle ou de toute autre question politique urgente à laquelle l’Union européenne est confrontée sans le leadership actif des gouvernements allemand et français », affirment les économistes de Citi. « Il suffit que l’un ou l’autre de ces gouvernements souffre d’un manque de capital politique pour ralentir les progrès sur le continent. De ce point de vue, la nouvelle crise politique en France est négative pour toutes les économies européennes. »

ING se montre plus prudent à ce stade. « La question plus large qui se pose pour l’euro est de savoir si les récentes nouvelles en provenance de France déstabilisent l’appétit pour l’euro de manière plus générale, ou s’il s’agit d’un problème français isolé », déclare Chris Turner, responsable mondial des marchés et responsable régional de la recherche pour le Royaume-Uni et l’Europe centrale et orientale.

L'auteur ou les auteurs ne possèdent pas de parts dans les titres mentionnés dans cet article. En savoir plus sur les politiques éditoriales de Morningstar.