4 graphiques sur la crise énergétique en Europe

Entre des stocks de gaz insuffisants et une concurrence croissante dans le secteur du GNL, l'Europe se trouve confrontée à de nouvelles vulnérabilités alors que le conflit au Moyen-Orient fait grimper les coûts de l'énergie — et l'inflation.

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Points clés à retenir

  • Les niveaux de stockage de gaz sont bien inférieurs aux moyennes saisonnières, ce qui rend l’Europe plus vulnérable aux perturbations de l’approvisionnement.
  • Le passage au GNL a permis de réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie, mais a accru la concurrence avec l’Asie, ce qui a rendu les prix plus volatils.
  • La hausse des coûts énergétiques pèse déjà sur la production industrielle et pourrait encore freiner la croissance de la zone euro en 2026.

Alors que l’inflation en Europe semblait être maîtrisée, un nouveau choc géopolitique a ravivé l’incertitude sur les marchés.

Les prix du Brent et du gaz TTF, référence européenne, ont tous deux bondi. Le Brent a augmenté de 51 % et le TTF a grimpé de 60 % depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février, ce qui accroît le risque d’une nouvelle flambée de l’inflation liée aux prix de l’énergie.

Les prix du gaz en Europe étaient déjà élevés après un hiver rigoureux et le conflit en Iran, qui a entraîné l’arrêt de la production de gaz naturel liquéfié par QatarEnergy, a exercé une pression à la hausse supplémentaire sur les prix du gaz, explique Tancrede Fulop, analyste actions chez Morningstar. Les marchés boursiers et obligataires ont également réagi vivement, les cours fluctuant à mesure que les investisseurs évaluent le déroulement des événements.

Pour l’Europe, les conséquences vont au-delà de la volatilité à court terme. La hausse des prix de l’énergie risque de se répercuter sur les factures de chauffage des ménages et sur l’ensemble des prix à la consommation, tandis que l’activité, déjà en berne dans les secteurs à forte intensité énergétique, devra faire face à une pression encore plus forte sur les coûts.

La hausse attendue de l’inflation pourrait également modifier l’orientation de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Les marchés à terme ont changé de cap : alors qu’ils tablaient sur des taux stables ou en baisse en février, avant le début de la guerre, ils anticipent désormais trois hausses de taux en 2026.

Inflation des prix de l’énergie : en quoi la situation est-elle différente cette fois-ci ?

La recrudescence de l’inflation énergétique rappelle les chocs observés en 2021 et 2022, même si, cette fois-ci, la pénurie d’approvisionnement en est la principale cause.

En revanche, en 2022, le double effet de la reprise de la demande, liée à la reprise économique après la pandémie, a aggravé le choc d’offre provoqué par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.

De plus, les livraisons de gaz russe étaient déjà inférieures aux prévisions. « Gazprom a déjà réduit ses livraisons aux acheteurs européens et a vidé les installations de stockage de gaz qu’elle exploitait dans l’UE à l’automne 2021 », selon Bruegel, un groupe de réflexion basé à Bruxelles.

La guerre en Ukraine a alors transformé un marché déjà tendu en une crise de grande ampleur. L’inflation des prix de l’énergie a bondi à environ 52,6 % en glissement annuel en octobre 2022, faisant passer l’inflation globale à deux chiffres et incitant la BCE à entamer son cycle de hausse des taux à la mi-2022.

En 2025, l’inflation liée à l’énergie s’était largement atténuée, l’inflation des services devenant alors la principale source de pressions sur les prix.

Aujourd’hui, l’escalade au Moyen-Orient risque de raviver une dynamique similaire. Les prix du pétrole et du gaz ont fait remonter l’inflation dans la zone euro au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la BCE en mars, avec un taux global de 2,5 %.

« Le taux d’inflation devrait encore augmenter dans les mois à venir si une guerre prolongée entraîne une nouvelle hausse des prix de l’énergie et si cette hausse des prix du gaz se répercute progressivement sur les ménages. L’inflation alimentaire pourrait également repartir à la hausse à moyen terme », déclare Ralph Solveen, responsable de la recherche économique à la Commerzbank.

Il est toutefois peu probable que le choc inflationniste atteigne les niveaux extrêmes observés en 2021-2022, car les principaux facteurs déclencheurs, tels que les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les pics de demande liés à la pandémie, sont moins marqués ou ont disparu.

« Par conséquent, même si la guerre s’éternise, le taux d’inflation ne devrait pas augmenter aussi fortement qu’il y a quatre ans. Nous ne prévoyons pas de pics à deux chiffres comme à l’époque, mais plutôt des taux d’inflation avoisinant les 3 % ; si la guerre venait à s’intensifier davantage, ces taux pourraient atteindre 4 % », déclare M. Solveen.

Stockage de gaz : les réserves européennes s’amenuisent

Cette nouvelle perturbation de l’offre survient à un moment où les niveaux de stockage de gaz sont relativement bas. Après un hiver rigoureux, les sites de stockage européens ne sont remplis qu’à environ 28,5 %, ce qui est inférieur à la moyenne saisonnière.

Les stocks jouent un rôle d’amortisseur face aux chocs d’offre. Lorsque les stocks sont élevés, les perturbations peuvent être absorbées. Lorsqu’ils sont faibles, les réactions sur les prix ont tendance à être plus marquées et plus immédiates.

Cela expose l’Europe à des risques géopolitiques accrus. Toute perturbation prolongée des flux énergétiques — en particulier sur des voies de transit stratégiques telles que le détroit d’Ormuz — pourrait rapidement se traduire par des pénuries d’approvisionnement, alors que les exploitants de sites de stockage s’efforcent de remplir leurs installations en vue de l’hiver prochain.

Importations de gaz : la dépendance a évolué, mais elle n’a pas disparu

Jusqu’à la fin février, les marchés de l’énergie sont restés relativement calmes, les livraisons en provenance de Norvège étant restées stables. Le GNL américain a compensé en grande partie la perte du gaz russe acheminé par gazoduc, qui reste soumis à des sanctions.

Toutefois, cette évolution s’accompagne de nouvelles vulnérabilités. Le GNL fait l’objet d’échanges mondiaux et est attribué au plus offrant. En cas de crise, l’Europe est contrainte de rivaliser avec d’autres régions, principalement l’Asie, pour obtenir des cargaisons en provenance des États-Unis.

Le Moyen-Orient joue actuellement un rôle moins important dans les importations européennes. Le Qatar reste le seul fournisseur majeur de l’UE dans cette région, mais les livraisons ont diminué ces derniers mois, et ce avant même que les attaques iraniennes ne perturbent environ 17 % de la capacité d’exportation de GNL du Qatar et le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

Constat : l’ajustement a un coût économique

L’Europe s’est adaptée au choc énergétique, mais cela a eu un coût.

La demande de gaz reste inférieure aux niveaux d’avant la crise, notamment dans l’industrie et chez les ménages. Cette situation s’explique par des gains d’efficacité, mais aussi par un recul de la production dans les secteurs à forte intensité énergétique. En janvier 2026, par rapport à janvier 2025, la production industrielle a diminué de 1,2 % dans la zone euro et de 0,6 % dans l’UE, selon les dernières données d’Eurostat. Par rapport à janvier 2022, dernier mois complet avant le début de la guerre en Ukraine, la production industrielle dans la zone euro et dans l’UE-27 a baissé respectivement de 4,2 % et de 3,0 %.

Dans son dernier scénario de référence, la Deutsche Bank a fortement revu à la baisse ses perspectives de croissance pour la zone euro, ramenant ses prévisions pour 2026 de 1,1 % à 0,5 % dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient. En mars, les experts de la BCE ont également revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2026, les ramenant à 0,9 %, contre 1,2 % en décembre.

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