Wei Li de BlackRock : malgré les incertitudes à long terme, les actions semblent solides à court terme

Le boom de l'IA et la déréglementation peuvent offrir des opportunités plus intéressantes que les paris macroéconomiques.

Illustration sur des jumelles avec des éléments graphiques et un graphique de série temporelle en arrière-plan

Points clés

  • Le tableau macroéconomique à long terme est peut-être obscur, mais Wei Li, responsable mondiale de la stratégie d’investissement de BlackRock, estime que les perspectives à court terme sont positives.
  • Mme Li est optimiste quant aux actions américaines, mais elle insiste sur le fait que les investisseurs doivent rester agiles.
  • Mme Li pense que les mises plus restreintes, comme le boom de l’IA et la déréglementation dans certaines industries, peut être plus fiable que les mises sur les forces macroéconomiques telles que les taux d’intérêt et la croissance mondiale.

L’incertitude est le mot à la mode de l’année sur les marchés. Qu’il s’agisse des nouveaux tarifs douaniers, de la volatilité du marché boursier, de la nervosité du marché obligataire ou de la crise de la Réserve fédérale, l’année 2025 a mis les investisseurs dans l’embarras. Mais pour Wei Li, responsable mondiale de la stratégie d’investissement de BlackRock, un environnement incertain n’est pas un signal pour tourner en rond.

“Les gros titres peuvent faire peur, mais ce n’est pas une raison pour prendre des risques”, dit-elle. C’est particulièrement le cas lorsque les caractéristiques fondamentales du marché n’ont pas changé de manière significative depuis le début de l’année et que les bénéfices restent solides. Elle pense plutôt que la dynamique actuelle du marché exige une stratégie différente, axée sur des facteurs idiosyncrasiques, tels que l’essor de l’intelligence artificielle.

Un nouveau paysage pour le risque

Jusqu’à très récemment, la tendance à revenir à la moyenne, c’est-à-dire les transactions fondées sur l’idée que le prix d’un actif financier finira par revenir à sa moyenne à long terme, et l’investissement axé sur la valeur étaient des outils fiables. Les investisseurs pouvaient être sûrs que leur exposition à des valeurs bon marché finirait par porter ses fruits.

Toutefois, Mme Li note que les actions ont défié les attentes, progressant grâce aux méga-capitalisations des entreprises de technologie, malgré les avertissements concernant les valorisations exagérées. Les investisseurs exigent davantage de rendement pour les obligations du Trésor, qui semblent plus risquées que par le passé, et les marchés mondiaux remettent soudain en question la sécurité du dollar américain. “Nous sommes dans un environnement où nous ne savons plus ce qu’est la moyenne”, dit-elle.

Dans le même temps, les indicateurs macroéconomiques qui ont toujours guidé les investisseurs - les tendances fiables en matière de dépenses budgétaires, d’inflation et de croissance - sont moins prévisibles. Entre les années 1980 et la pandémie, l’économie mondiale a connu une croissance régulière, tandis que les banques centrales modéraient efficacement les cycles économiques. “Il suffisait d’être exposé à la marée montante pour obtenir de bons résultats dans les portefeuilles”, explique-t-elle. “Il suffisait de rester investi dans les actions et les obligations.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. “Nous sommes dans un environnement de pression inflationniste. Les banques centrales sont confrontées à des compromis plus difficiles, ce qui signifie que la macroéconomie n’est peut-être plus un allié aussi fiable qu’auparavant pour prendre des risques”, explique-t-elle. Cela signifie que les grandes mises sur la croissance économique ou la trajectoire des taux d’intérêt pourraient ne plus être aussi fructueux qu’auparavant. “Nous avons plus de certitudes à court terme qu’à long terme, et c’est pourquoi nous préférons prendre des risques à court terme tout en essayant de nous positionner en fonction de tout nouveau signal sur la direction que nous prenons”, ajoute Mme Li.

Pourquoi le marché obligataire et les chaînes d’approvisionnement sont positifs à court terme

Selon Mme Li, deux facteurs donnent à son équipe plus de confiance dans les perspectives à court terme qu’à long terme.

Le premier est le marché obligataire. Les investisseurs étrangers représentent environ un tiers du marché de la dette publique américaine. L’anxiété de ces investisseurs, stimulée par des annonces commerciales imprévisibles, peut avoir (et a eu) des implications majeures pour les obligations. En d’autres termes, la capacité du président Donald Trump à remodeler le commerce mondial est limitée par la tolérance du marché obligataire à la volatilité politique. “Si vous vous éloignez trop rapidement de la relation commerciale”, explique Mme Li, “la volatilité du marché des obligations d’État ramènerait les négociations et les discussions sur la bonne voie.”

Un autre facteur est la structure rigide des chaînes d’approvisionnement mondiales, qui se sont développées au fil des décennies. Ces processus ne peuvent être défaits du jour au lendemain, et Mme Li affirme que les perturber en modifiant la politique commerciale mondiale aurait des “conséquences très graves”, comme des étagères vides et des pénuries de produits essentiels.

Selon Mme Li, ces facteurs permettront aux investisseurs de rester plus prévisibles pour l’instant, en dépit de ce que certains titres alarmants pourraient laisser entendre. “On assiste à des changements spectaculaires dans les discours, mais les caractéristiques fondamentales n’ont pas beaucoup changé”, dit-elle. La croissance se maintient, l’économie a jusqu’à présent évité la récession et les bénéfices solides enregistrés cette année ont créé un environnement favorable. Cette situation “plaide en faveur d’une prise de risque”, affirme Mme Li.

Comment prendre des risques dès maintenant

Mme Li souligne des facteurs idiosyncrasiques, comme le développement continu de la technologie et de l’infrastructure de l’IA. Mais la marée montante ne soulève pas tous les bateaux. La vague de l’industrie crée plutôt une plus grande dispersion entre les gagnants et les perdants de l’industrie. Cela se traduit par de nombreuses opportunités.

Une autre stratégie idiosyncratique est basée sur l’effet de la déréglementation sur les entreprises américaines. “Se positionner en fonction du sens de la marche peut être un autre moyen de créer des positions à risque dans un portefeuille”, explique Mme Li. Prenez le bitcoin : les attentes d’un environnement réglementaire plus facile pour les crypto-monnaies ont fait grimper les prix de plus de 20 % cette année.

Selon Mme Li, se concentrer sur la valeur relative - effectuer des mises pour savoir si les prix de certains actifs sont susceptibles d’augmenter ou de diminuer en fonction de la valeur d’actifs similaires - ou faire des mises sur une seule action sont d’autres moyens de capturer le risque en dehors des forces macroéconomiques. “Le temps de la gestion active est revenu”, affirme-t-elle.

Mme Li suggère également de trouver de nouvelles couvertures de portefeuille, étant donné que les obligations d’État pourraient ne pas être un lest fiable à long terme. Un exemple est l’or, qui s’est à bien des égards “comporté comme un meilleur diversificateur que les obligations d’État de longue durée.” Elle évoque également les stratégies de fonds spéculatifs, qui ne s’appuient pas sur des ancrages macroéconomiques.

Rester agile

Dans l’ensemble, Mme Li indique que son équipe adopte une position plus dynamique en matière de répartition d’actifs. Cela signifie qu’elle s’éloigne des stratégies de détention à long terme pour se tourner vers des appels d’offres plus ciblés à court terme. “Nous avons élaboré une boîte à outils de prise de risque qui va au-delà d’une exposition macroéconomique importante”, explique-t-elle. Les investisseurs qui réussissent devraient “être plus dynamiques, plus pratiques et plus agiles, et plus actifs dans cet environnement qu’auparavant.”

L'auteur ou les auteurs ne possèdent pas de parts dans les titres mentionnés dans cet article. En savoir plus sur les politiques éditoriales de Morningstar.