Qu’est-ce qui explique la hausse des rendements obligataires canadiens ?

L’évolution des perspectives concernant les taux d’intérêt de la Banque du Canada et la hausse des rendements des bons du Trésor américain entraînent une augmentation des rendements obligataires canadiens.

Illustration sous forme de collage représentant la Bank of Canada, avec des formes et des icônes en arrière-plan

Points à retenir

  • Les rendements obligataires canadiens ont de nouveau bondi pour se rapprocher de leurs plus hauts niveaux récents.
  • Selon les analystes, la forte hausse des rendements obligataires américains est le principal facteur déterminant des rendements canadiens.
  • Le raffermissement de l’économie canadienne et l’évolution des perspectives de la Banque du Canada ont également contribué à la hausse des rendements.

Les rendements obligataires canadiens n’ont cessé de progresser depuis le début du mois de juillet, se rapprochant ainsi de leurs plus hauts niveaux depuis la mi-mai. Selon les analystes, le repli qui a touché les bons du Trésor américain a constitué le principal catalyseur de cette tendance, tandis que des données économiques canadiennes meilleures que prévu et une évolution des perspectives de la Banque du Canada, qui est passée d’une perspective de baisses des taux d’intérêt à celle d’une éventuelle hausse, ont accentué la pression.

Sur le marché américain, les investisseurs obligataires s’inquiètent de divers facteurs qui ont propulsé les rendements des obligations d’État américaines à des niveaux jamais atteints depuis plusieurs décennies. Parmi ceux-ci figurent l’incertitude liée à la politique de la Réserve fédérale, un déficit public considérable, l’explosion de l’endettement des entreprises alimentée par le développement de l’intelligence artificielle, ainsi que les pressions inflationnistes résultant de la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran. Des évolutions similaires observées sur d’autres marchés développés — notamment au Royaume-Uni, en France et au Japon — ont accentué la chute des obligations et renforcé le sentiment général de malaise sur les marchés mondiaux, y compris au Canada.

Cette dynamique transfrontalière a affecté les obligations canadiennes de toutes les échéances. Le rendement des obligations d’État canadiennes à 10 ans est passé de 3,45 % début juillet à 3,69 %. Parallèlement, le rendement des obligations d’État à deux ans est passé de 2,76 % à 2,98 %. Cette hausse a rapproché le rendement à deux ans de son plus haut niveau atteint le 15 mai, tandis que le rendement à dix ans a dépassé ce plus haut.

« Le principal facteur déterminant des rendements à long terme canadiens a été le marché des bons du Trésor américain », explique Kelvin Kingsley, vice-président et gestionnaire de portefeuille chargé des stratégies obligataires chez Global X. « Les obligations canadiennes ne s’échangent pas de manière isolée, et notre marché est fortement influencé par ce qui se passe au sud de la frontière. »

Les rendements des bons du Trésor américain donnent le ton sur le marché obligataire canadien

Les rendements des bons du Trésor américain exercent une forte influence sur le marché obligataire canadien. Les rendements des bons du Trésor américain ont atteint des sommets inégalés depuis plusieurs décennies, les investisseurs, préoccupés par la menace d’inflation, l’incertitude entourant les taux d’intérêt et l’important endettement public, exigeant une rémunération plus élevée (ce qu’on appelle la « prime de durée ») pour détenir des titres d’État — en particulier les obligations à long terme, qui sont au cœur de la chute actuelle des cours obligataires.

« Les bons du Trésor américain constituent le point d’ancrage du marché mondial du revenu fixe ; par conséquent, le Canada verra toujours, dans une certaine mesure, les rendements américains plus élevés ou les pressions mondiales plus marquées sur la prime de terme se répercuter sur les taux d’intérêt canadiens », explique Vikram Rai, économiste principal chez Services économiques TD. En effet, les investisseurs ont la possibilité de vendre des obligations canadiennes pour acheter à la place des bons du Trésor américain. Cela entraîne une hausse des rendements canadiens afin de compenser la hausse des rendements des bons du Trésor américain, précise-t-il.

Les rendements obligataires canadiens ont augmenté plus rapidement que ceux de leurs homologues américains. Dustin Reid, stratège en chef des titres à revenu fixe chez Mackenzie Investments, souligne que depuis le 30 juin, les rendements canadiens à 10 ans ont progressé d’environ 0,30 %, tandis que les rendements américains à 10 ans ont augmenté de 0,25 %.

Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans s’établit à environ 4,74 %, tandis que celui des obligations d’État canadiennes à 10 ans équivalentes avoisine les 3,75 %. Cela représente un écart d’environ 0,99 % en faveur de la dette américaine au 20 août. Parallèlement, le rendement des obligations du Trésor américain à 30 ans est passé de moins de 5,00 % à 5,31 %, son plus haut niveau depuis près de deux décennies. Le rendement des obligations d’État canadiennes à 30 ans a bondi de 3,77 % à 4,09 %.

La croissance canadienne plus soutenue accentue la pression

Sur le plan national, la sous-performance du marché obligataire canadien s’explique par « une évolution des perspectives économiques et un profil de croissance plus solide, alors que les dernières données américaines laissent entrevoir certains signes de faiblesse », ajoute M. Reid, de Mackenzie.

L’économie canadienne s’est redressée au deuxième trimestre après avoir connu une récession technique au premier trimestre. Parallèlement, le marché de l’emploi a connu un rebond avec des chiffres de l’emploi supérieurs aux prévisions, alors même que l’inflation liée à l’énergie, dans le contexte du conflit avec l’Iran, restait modérée.

L’amélioration des données économiques a fait basculer les anticipations du marché concernant l’orientation de la politique monétaire de la Banque du Canada : on est passé d’une éventuelle baisse des taux d’intérêt à une possible hausse en fin d’année. Peu d’économistes sont convaincus qu’une telle hausse soit imminente. Néanmoins, « les rendements canadiens ont augmenté, les marchés ayant revu à la baisse les cotes de probabilité de baisses de taux de la Banque du Canada », explique M. Rai, de la TD. « Il s’agit d’un réajustement des taux, accompagné d’une légère prime de risque liée à la durée, les investisseurs internationaux exigeant une compensation plus importante face à l’incertitude. »

La Banque du Canada n’a pas modifié son taux d’intérêt depuis décembre dernier, le maintenant à 2,25 %.

Les rendements à court terme restent relativement stables

Les rendements à long terme ont augmenté plus fortement que ceux des obligations à deux ans, qui ont tendance à suivre plus directement les décisions de la banque centrale en matière de taux d’intérêt. « Les rendements à court terme sont restés relativement stables, la Banque du Canada continuant à trouver un équilibre entre les risques de baisse liés aux tensions commerciales persistantes avec les États-Unis et les risques d’inflation renouvelés liés aux développements géopolitiques et à la hausse des prix de l’énergie », explique M. Kingsley, de Global X.

Si les décideurs politiques peuvent influencer ces facteurs, « leur capacité à contrôler directement les rendements à long terme est limitée ». Il ajoute que les rendements à long terme sont davantage influencés par les anticipations des investisseurs concernant des facteurs économiques tels que la croissance économique, l’inflation, la stabilité budgétaire, ainsi que l’offre et la demande de capitaux.

Ce que surveillent les investisseurs obligataires

Au Canada, les analystes obligataires et les investisseurs s’attachent à déterminer « si l’inflation sous-jacente canadienne reste maîtrisée et si la croissance continue de faire preuve de résilience », explique M. Rai, des Services économiques TD.

Parmi les autres facteurs clés figurent « les négociations commerciales américaines, la santé des consommateurs et les marchés immobiliers », explique Sam Acton, gestionnaire de portefeuille et codirecteur de la division des titres à revenu fixe chez Picton Investments. Et pour plus de clarté, « le ton adopté lors des réunions des banques centrales sera également déterminant, en particulier celui de la Banque du Canada ». Les responsables de la politique monétaire de la Banque du Canada doivent se réunir le 2 septembre.

Les prix de l’énergie constituent un autre facteur variable dans les calculs du marché obligataire. « Un règlement du conflit touchant le détroit d’Ormuz [un point d’étranglement énergétique mondial crucial], suivi d’une baisse des cours du pétrole, apaiserait en partie les craintes du marché concernant l’inflation et pourrait contribuer à rétablir la confiance dans les obligations à longue durée », explique M. Kingsley, de Global X.

Aux États-Unis, la croissance économique et l’évolution du marché des bons du Trésor constituent des indicateurs avancés pour le marché obligataire canadien. « Si la croissance américaine ralentit de manière durable et que les données montrent que les pressions inflationnistes continuent de s’atténuer, cela devrait fournir un soutien aux obligations à long terme et contribuer à faire baisser les rendements », explique M. Kingsley. Les tendances observées sur le marché américain « influenceront à leur tour les rendements canadiens ».

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