Points à retenir
- Les rendements obligataires canadiens ont repris leur ascension pour se rapprocher de leurs plus hauts récents.
- Malgré un rapport récent faisant état d’une inflation modérée, les inquiétudes concernant l’impact de la hausse des prix de l’énergie persistent.
- La hausse des taux d’intérêt des obligations américaines contribue à exercer une pression à la hausse sur les taux d’intérêt canadiens.
Les rendements obligataires canadiens ont retrouvé leurs sommets récents, et ce phénomène ne s’explique pas uniquement par les craintes d’une inflation alimentée par les prix du pétrole. Selon les analystes, la hausse des rendements des obligations d’État américaines contribue également à cette tendance à la hausse des obligations.
Les rendements des bons du Trésor américain ont grimpé en 2026, sous l’effet d’une conjoncture de facteurs, notamment la flambée des prix du pétrole, les anticipations d’une hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale et l’explosion du déficit public. Les rendements ont également augmenté sur d’autres marchés obligataires clés, au Royaume-Uni, en Europe et au Japon. Dans ce contexte mondial, la Banque du Canada pourrait également relever ses taux d’intérêt en 2026.
L’impact sur le marché canadien est manifeste sur l’ensemble des échéances. Le rendement des obligations d’État canadiennes à 10 ans est passé de 3,12 % le 27 février, veille du début de la guerre en Iran, à 3,47 %. Parallèlement, le rendement des obligations d’État à 2 ans est passé de 2,39 % à 2,84 %.
« Les rendements obligataires des marchés développés ont sensiblement augmenté […] en partie en raison des inquiétudes des investisseurs face à la hausse et à la persistance des risques d’inflation, liées à l’incertitude géopolitique qui continue de régner au Moyen-Orient », explique Rachel Siu, gestionnaire et responsable de la stratégie en matière de revenu fixe canadien chez BlackRock.
Les rendements bondissent après la flambée des prix du pétrole liée à la guerre en Iran
Avant la guerre en Iran, les rendements obligataires étaient en baisse. À la fin de l’année 2025, le rendement à 10 ans avoisinait les 3,40 %, mais dans un contexte de ralentissement économique et compte tenu de la possibilité d’une baisse des taux de la Banque du Canada en 2026, il était tombé à 3,12 %.
À plus long terme, les rendements obligataires canadiens ont affiché une tendance à la baisse depuis leur sommet post-pandémique de 4,95 % pour les obligations à 2 ans et de 3,88 % pour celles à 10 ans, atteint en septembre 2023, lorsque la Banque du Canada a relevé ses taux d’intérêt de 4,25 % à 5,00 %. Depuis lors, la banque centrale a ramené son taux directeur à 2,25 %. Les rendements obligataires ont suivi cette tendance jusqu’à ce que la guerre en Iran les fasse remonter. Dans le contexte de la guerre, les prix du pétrole et de l’essence ont grimpé en flèche. Le Brent a atteint un sommet de plus de 114 USD le baril début mai, contre environ 71 $ US avant la guerre. Il se négocie actuellement près de 94 USD.
La hausse des rendements obligataires les rapproche de leur plus haut niveau depuis deux ans, mais ils restent bien en deçà des sommets atteints en 2023.
Cette décision intervient malgré des chiffres de l’inflation inférieurs aux prévisions dans le rapport sur l’indice des prix à la consommation du mois d’avril. L’IPC hors alimentation et énergie a ralenti, passant de 1,9 % en mars à 1,5 % en avril.
« L’évolution des taux à long terme tient moins à un rapport sur l’IPC qu’à la rémunération que les investisseurs exigent désormais pour détenir [des obligations à long terme] », explique Dustin Reid, stratège en chef des titres à revenu fixe chez Placements Mackenzie.
Selon M. Siu, de BlackRock, les marchés restent inquiets quant à la possibilité que l’inflation énergétique liée au conflit en Iran se répercute sur l’ensemble de l’économie. « Un choc pétrolier prolongé accroît le risque de pressions inflationnistes plus tenaces. La dette souveraine à long terme subit une pression à la hausse due à l’augmentation des primes de risque liées à la durée, ce qui reflète la compensation supplémentaire exigée par les investisseurs pour détenir des titres de dette à long terme. »
Dans ce contexte, les anticipations concernant la politique monétaire de la Banque du Canada sont passées d’une baisse des taux à une hausse. « Plus le détroit d’Ormuz restera fermé et plus les prix du pétrole resteront élevés, plus le risque est grand que la Banque soit contrainte d’agir en relevant ses taux afin de se prémunir contre d’éventuels effets d’inflation de second tour », explique Thomas Ryan, économiste chez Capital Economics.
L’influence des taux des bons du Trésor américain sur les obligations canadiennes
La hausse des rendements obligataires canadiens ne s’explique pas uniquement par des facteurs nationaux. Des dynamiques similaires concernant les anticipations de taux des banques centrales s’observent à l’étranger. « Les marchés anticipent désormais un resserrement monétaire à peu près comparable pour la Réserve fédérale américaine et la Banque du Canada, même si celui de la Fed s’étale sur une période plus longue », explique M. Ryan, de Capital. Parallèlement, les rendements des obligations du Trésor américain ont augmenté. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans s’établit à 4,46 %, contre un peu moins de 4,00 % avant le début de la guerre.
« Les obligations du gouvernement canadien s’inscrivent toujours dans un contexte nord-américain et mondial ; par conséquent, la hausse des rendements des bons du Trésor américain entraîne naturellement une hausse des rendements à long terme canadiens », explique M. Reid, de Mackenzie.
Les inquiétudes budgétaires alimentent la flambée des taux
Selon M. Siu, de BlackRock, une autre variable à l’origine de la flambée des rendements obligataires est l’inquiétude croissante des investisseurs face à l’augmentation des déficits dans les principales économies mondiales. « Les préoccupations budgétaires structurelles sur les marchés développés, comme aux États-Unis et au Royaume-Uni, ont également accru la volatilité des taux d’intérêt à l’extrémité longue de la courbe [obligations à long terme] pour l’ensemble des obligations souveraines. »
Pour financer un déficit important, le gouvernement doit vendre un volume considérable de nouvelles obligations, ce qui entraîne une offre supérieure à la demande. Cette dynamique fait baisser les cours des obligations et pousse les rendements à la hausse, ces deux éléments évoluant en sens inverse. Par conséquent, le marché exige des rendements plus élevés, « ce qui reflète la compensation supplémentaire exigée par les investisseurs pour détenir des titres de dette à long terme, compte tenu des inquiétudes budgétaires et de l’offre accrue », explique M. Siu.
Quelles sont les implications de la hausse des taux d’intérêt pour les marchés ?
La hausse des rendements et l’augmentation du coût du crédit qui en découle ont des répercussions concrètes. « Nous avons constaté une hausse des rendements sur l’ensemble de la courbe des taux, ce qui se traduirait par une augmentation des taux hypothécaires et des taux d’autres prêts si cette tendance se maintenait », explique Vikram Rai, économiste principal chez Services économiques TD. La courbe des taux est une représentation graphique des rendements des obligations d’État pour différentes échéances, généralement entre deux et dix ans.
La hausse des taux hypothécaires réduit l’accessibilité au logement et « touche l’économie réelle là où elle est la plus vulnérable », explique M. Reid, de Placements Mackenzie, en référence au marasme du marché immobilier canadien. La hausse des coûts de financement pèse également sur les entreprises, car « le refinancement devient plus coûteux et les dépenses d’investissement nécessitent un taux de rendement minimal plus élevé [un retour sur investissement attendu plus important] ». Ce scénario présente toutefois une lueur d’espoir. « Pour les investisseurs, les titres à revenu fixe offrent enfin à nouveau un revenu réel », déclare M. Reid.

