Points à retenir
- Le marché boursier canadien devrait progresser, mais à un rythme relativement plus lent.
- Le secteur de l’énergie restera un moteur essentiel de la hausse du marché dans un contexte de turbulences géopolitiques, mais la persistance des prix du pétrole pourrait constituer un frein.
- Les matériaux de base pourraient contribuer à soutenir davantage la hausse du marché.
Après une année marquée par de fortes hausses, les actions canadiennes des secteurs de l’énergie et des ressources pourraient continuer à tirer le marché boursier vers le haut, mais les analystes s’attendent à ce que les gains soient plus modestes. Selon eux, la hausse des prix du pétrole, la demande pour des matières premières telles que l’or et les bons résultats des banques devraient soutenir la progression du marché dans un avenir proche. Cette dynamique est essentielle pour les perspectives du marché boursier canadien, les secteurs de l’énergie, des matériaux de base et de la finance représentant ensemble 70 % de l’indice Morningstar Canada Index.
Toutefois, les analystes soulignent que la persistance de prix élevés de l’énergie comporte un risque, dans la mesure où elle pourrait raviver l’inflation générale, ce qui inciterait la Banque du Canada à relever ses taux d’intérêt. Cela pourrait à son tour exercer une pression sur le marché immobilier, freiner les dépenses de consommation et réduire les bénéfices des banques en raison d’une hausse du coût du crédit.
« Notre scénario de base table sur de légères hausses supplémentaires à partir de maintenant, mais les gains faciles ont déjà été réalisés », déclare Ben Jang, gestionnaire de portefeuille et stratège en investissement chez Nicola Wealth.
L’énergie prend le relais des ressources en tant que principal moteur du marché
Le marché boursier canadien a atteint des sommets historiques en 2025, l’indice canadien ayant enregistré une hausse de près de 30 % sur l’année. Cet élan s’est poursuivi en 2026, malgré une volatilité élevée, l’indice ayant progressé de plus de 7 % depuis le début de l’année jusqu’au 1er mai.
La flambée des cours de l’or, qui ont progressé de près de 65 % en 2025 et de 5 % supplémentaires depuis le début de l’année, a stimulé les actions du secteur des matériaux de base. Ce secteur a enregistré une hausse de plus de 102 % en 2025 et a progressé de près de 4 % depuis le début de l’année. Au cours de cette période, Agnico Eagle Mines AEM a progressé de 107 %, devenant l’une des trois actions les plus surévaluées parmi celles couvertes par Morningstar au Canada. Barrick Mining ABX a bondi de 97 % et Kinross Gold K a gagné 57 %, se classant également parmi les actions les plus surévaluées.
Dans le secteur de l’énergie, les cours du Brent ont bondi d’environ 83 % sous l’effet de la guerre en Iran, entraînant une hausse de 31 % pour l’ensemble du secteur. Ces gains ont été portés par des titres tels que Suncor Energy SU et Canadian Natural Resources CNQ. Sur la même période, le secteur financier s’est classé en deuxième position en termes de performance, avec une hausse de près de 9 %, soutenu par les solides bénéfices des banques canadiennes, notamment la Banque TD TD et la CIBC CM.
L’énergie, moteur du marché
Selon les analystes, la guerre au Moyen-Orient et les perturbations énergétiques mondiales continuent de créer des vents favorables pour les valeurs énergétiques nationales, qui bénéficient de la hausse des prix du pétrole. Ce secteur restera l’un des principaux moteurs du marché, explique Raghav Mehta, vice-président et stratège en FNB chez Global X Canada. Il estime que les valeurs énergétiques restent attractives, car la hausse des prix du brut devrait stimuler les bénéfices et soutenir les rachats d’actions et les dividendes.
Mark Rutherford, gestionnaire du Fonds d’actions canadiennes Mawer, d’une valeur de 4 milliards de $ CA, estime que les valeurs énergétiques devraient également bénéficier du soutien du gouvernement. Le gouvernement fédéral a récemment lancé un fonds souverain de 25 milliards de $ CA destiné à investir dans de grands projets industriels canadiens, notamment dans le développement des secteurs pétrolier et gazier. « Les événements géopolitiques pourraient inciter davantage les décideurs politiques à reconnaître l’importance de la sécurité énergétique et à réduire les obstacles à l’investissement au Canada », déclare-t-il.
Au-delà des vents favorables à court terme, tels que la flambée des prix du pétrole due à la guerre, certains analystes mettent en avant l’amélioration de la solidité financière des entreprises du secteur de l’énergie pour justifier leur exposition continue à ce secteur. « Les producteurs d’énergie intégrés canadiens ont mis à profit ces deux dernières années pour assainir leurs bilans et restituer du capital, plutôt que de se lancer dans une course à la croissance de la production », explique M. Jang, de Nicola Wealth. « Ce qui différencie ce cycle, c’est la discipline [financière]. Ces entreprises génèrent un flux de trésoreries disponibles solide. Nous apprécions les activités sous-jacentes, et pas seulement l’exposition aux matières premières. »
Les analystes considèrent les matériaux de base comme un autre pilier de la vigueur du marché. Au sein de ce secteur, les perspectives restent particulièrement optimistes pour les actions aurifères. L’or pourrait continuer à susciter la demande des investisseurs, tant pour sa capacité à protéger contre la volatilité que pour son potentiel en tant qu’investissement à long terme, explique M. Mehta de Global X. « Alors que les risques géopolitiques et les tensions liées aux droits de douane restent élevés, l’or remplit une double fonction : celle d’une couverture de portefeuille et celle d’un contributeur à la performance, en particulier lorsque les rendements obligataires restent élevés et évoluent dans une fourchette étroite », ajoute-t-il.
L’inconnue des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis
Au-delà du choc pétrolier lié au conflit en Iran, le Canada reste exposé à l’issue des négociations à venir concernant le renouvellement de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, le traité de libre-échange continental. Selon M. Jang, de Nicola Wealth, une issue favorable pourrait soutenir les secteurs tirés par les exportations. « Une résolution, voire un allègement partiel des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, constituerait un catalyseur significatif pour l’industrie et le dollar canadien », déclare-t-il.
Cela dit, compte tenu du caractère imprévisible des négociations commerciales, M. Jang adopte une approche souple dans la constitution de son portefeuille en conservant des « positions équilibrées ». Cela lui permet de se positionner de manière proactive en fonction des résultats attendus tout en restant réactif face à l’évolution des négociations.
M. Mehta, de Global X, voit de nouvelles opportunités pour les valeurs financières et les titres cycliques axés sur le marché intérieur, notamment dans les secteurs de l’immobilier, des télécommunications et de la consommation discrétionnaire. « Si la révision [de l’accord commercial] apporte ne serait-ce qu’un peu de clarté ou une désescalade, il y a matière à un rebond de soulagement pour [ces titres] qui ont évolué sous le poids des incertitudes politiques », déclare-t-il.
Un accord commercial moins favorable pourrait créer des difficultés pour certains secteurs du marché. « La révision de l’ACEUM est actuellement le risque connu le plus important pour les Actions canadiennes, et le marché ne l’a pas encore pleinement intégré dans ses cours », met en garde M. Jang. Il désigne l’automobile, le bois d’œuvre et l’acier comme les secteurs les plus vulnérables à l’issue de cet accord commercial, estimant qu’ils « connaîtront une volatilité accrue jusqu’à ce que la situation soit plus claire ».
Le risque d’une hausse des prix du pétrole
La hausse des prix du pétrole soutient le marché canadien, grâce à la pondération de près de 19 % du secteur de l’énergie dans l’indice Canada. Mais Colin White, gestionnaire de portefeuille et chef de la direction de Verecan Capital Management, met en garde : si ces prix restent trop élevés pendant trop longtemps, cet avantage structurel pourrait se transformer en frein.
Il convient de noter que, lors de la récente réunion de la Banque du Canada, le gouverneur Tiff Macklem a laissé entendre que si l’inflation liée à l’énergie venait à se répercuter sur l’ensemble de l’économie, plusieurs hausses des taux d’intérêt pourraient s’avérer nécessaires.
M. Mehta, de Global X, estime que si la hausse des prix du pétrole alimente l’inflation, cela pourrait freiner les dépenses de consommation. Dans un tel scénario, certains investisseurs pourraient souhaiter se tourner vers des secteurs défensifs tels que « les services publics, les télécommunications, l’assurance et certains produits de première nécessité, [qui] devraient permettre de stabiliser la volatilité des portefeuilles ».
Quelle sera la prochaine étape pour le marché boursier canadien ?
M. White, de Verecan Capital, estime que les actions canadiennes pourraient offrir des rendements compris entre 5 et 9 % d’ici la fin de l’année, même si « pour que cela se produise au TSX, les secteurs des matériaux et de l’or devront rester solides, sans pour autant connaître une volatilité excessive ».
M. Mehta, de Global X, estime que l’indice composé S&P/TSX devrait terminer l’année en hausse, mais que « cette progression pourrait être plus irrégulière, sous l’effet des turbulences macroéconomiques et de la volatilité persistantes, et ne pas prendre la forme d’une remontée en ligne droite ». Il prévoit que l’indice terminera l’année dans une fourchette comprise entre 34 900 et 36 000 points, ce qui implique une hausse supplémentaire de 4 % à 7 % par rapport à son niveau actuel de 33 566 points, au 5 mai.
« Le marché canadien continue d’être soutenu par un ensemble de facteurs, notamment la position dominante du pays dans le secteur des ressources naturelles, la solidité des prêteurs nationaux (les six grandes banques canadiennes) et une prime de valorisation relativement modeste, tandis que le TSX reste, en termes relatifs, moins cher que le S&P 500 », explique M. Mehta.

