Points à retenir
- Selon les analystes, la hausse des prix du pétrole continuera à stimuler le chiffre d’affaires des entreprises du secteur de l’énergie à court terme.
- L’augmentation de la production et des exportations a également contribué à l’expansion du secteur.
- Des politiques gouvernementales favorables et un accord commercial avantageux pourraient ouvrir la voie à la croissance à long terme du secteur.
Le secteur énergétique canadien montre des signes de reprise cette année, et ce, pour des raisons qui vont au-delà du simple choc des prix du pétrole lié à la guerre en Iran. Les analystes estiment que le secteur dispose encore d’une marge de progression, soulignant toute une série de vents favorables plus généraux qui pourraient permettre à ces actions de continuer à surperformer au-delà de la reprise actuelle.
L’indice Morningstar Canada Energy Target Market Exposure a progressé de 32,1 % depuis le début de l’année, surpassant la hausse de 9,8 % enregistrée par l’indice Morningstar Canada. Cette surperformance récente du secteur de l’énergie fait suite à une période d’accalmie en 2025, année durant laquelle l’indice Energy Target Market Exposure avait affiché un rendement de 12,3 %, bien inférieur à la hausse de 28,9 % enregistrée par l’indice Canada.
« La forte hausse des prix du pétrole depuis le début de la guerre avec l’Iran entraîne une augmentation significative des revenus et des bénéfices dans le secteur pétrolier », explique Charles St-Arnaud, économiste en chef chez Servus Credit Union. « Tant que les prix resteront élevés, le secteur devrait continuer à surperformer l’indice global. »
La hausse des prix de l’énergie liée au conflit en Iran a contribué à la remontée des valeurs énergétiques, même si les analystes soulignent qu’une période prolongée de prix élevés pourrait, à terme, affaiblir la demande et peser sur le secteur. Parallèlement, le Canada continue de se concentrer sur le renforcement de sa production énergétique dans le cadre des politiques favorables à l’énergie menées par le Premier ministre Mark Carney. Les analystes voient également un potentiel de hausse dans la conclusion d’un accord commercial favorable aux exportations canadiennes vers les États-Unis. De nombreuses valeurs énergétiques semblent en passe d’enregistrer de nouveaux gains, tandis que les rendements des dividendes dans l’ensemble du secteur continuent de progresser.
Le secteur de l’énergie est un pilier majeur de l’économie canadienne, représentant environ 10 % de son produit intérieur brut. Ces titres constituent également une part importante du marché boursier canadien, avec la deuxième plus forte pondération sectorielle (plus de 18 %) dans l’indice Canada, juste derrière les services financiers.
Les vents favorables à long terme pour la hausse de la production et des exportations
Selon David Doyle, responsable économique chez Macquarie Group, l’essor du secteur énergétique canadien a commencé avant (et se poursuivra après) le choc pétrolier provoqué par la guerre en Iran. « Le Canada a enregistré de solides exportations d’énergie, [notamment] d’importants volumes de pétrole brut et de gaz naturel. Cela a constitué l’un des rares points positifs pour l’économie au cours de la dernière décennie. »
Soutenu par la demande mondiale et par de nouveaux pipelines permettant d’accéder aux marchés asiatiques, le Canada — sixième producteur mondial d’énergie — a exporté pour 198 milliards de $ CA d’énergie en 2025, contre 194 milliards l’année précédente, selon le Centre canadien d’information sur l’énergie.
De plus, « des projets d’augmentation de la capacité des oléoducs viennent d’être approuvés afin d’acheminer davantage de pétrole brut vers le sud, aux États-Unis », explique Adam Baker, analyste chez Morningstar. Évoquant le projet de TC Énergie visant à prolonger l’oléoduc Coastal Gaslink jusqu’en Colombie-Britannique et la nouvelle liaison Mainline d’Enbridge vers le marché américain du raffinage, il ajoute : « La croissance de la production pétrolière s’annonce de plus en plus favorable jusqu’à la fin des années 2030. »
Une politique favorable à l’énergie soutient les actions pétrolières
Les analystes estiment que le secteur de l’énergie canadien entre dans une nouvelle phase de croissance sous la direction de Carney, après une décennie de politiques restrictives. Le gouvernement fédéral a récemment lancé un fonds souverain de 25 milliards de $ CA destinés à investir dans de grands projets industriels canadiens, notamment dans le développement des secteurs pétrolier et gazier.
Dans le cadre de ses efforts visant à accroître la production pétrolière et à diversifier ses échanges commerciaux, Ottawa a récemment conclu un accord avec l’Alberta, province riche en pétrole, afin de prolonger le soutien fédéral en faveur d’un nouvel oléoduc vers le Pacifique destiné à approvisionner les marchés asiatiques. La construction pourrait débuter dès 2027. « Si le gouvernement maintient son élan en matière d’avancement des projets et de mise en place d’un cadre réglementaire plus favorable, cela changera complètement les perspectives [du secteur de l’énergie] », déclare M. Doyle, de Macquarie.
L’optimisme suscité par l’accord commercial redonne de l’espoir au secteur
La forte intégration des marchés énergétiques américain et canadien alimente l’optimisme des analystes quant à l’issue favorable des négociations commerciales. Les droits de douane américains imposés l’année dernière sur les produits énergétiques canadiens n’étaient que de 10 %, précise M. Doyle, soit un taux nettement inférieur aux 25 % appliqués aux autres exportations canadiennes. « Cela montre à quel point [le commerce de l’énergie] est mutuellement avantageux », ajoute-t-il. « Le secteur de l’énergie [canadien] est en position de force, et il est peu probable que cette relation évolue de manière significative. » Les droits de douane de 10 % ont ensuite été supprimés en mars 2025, ces exportations étant exemptées en vertu de l’accord de libre-échange continental.
M. Doyle souligne que le Canada exporte 85 % de sa production d’énergie vers les États-Unis ; un accord commercial favorable pourrait donc s’avérer déterminant pour assurer une croissance durable à long terme aux producteurs d’énergie canadiens. La date butoir du 1er juillet pour le renouvellement de l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique approche à grands pas, et une plus grande clarté sur les termes de cet accord pourrait contribuer à dissiper les incertitudes et à réduire la pression sur les secteurs canadiens axés sur l’exportation.
La vigueur des cours du pétrole stimule le secteur, pour l’instant
La hausse des prix de l’énergie, alimentée par les perturbations mondiales de l’approvisionnement liées à la guerre en Iran, a constitué le principal moteur de la croissance du secteur. Selon Curtis Gillis, gestionnaire de portefeuille et responsable de la recherche actions chez Gestion mondiale d’actifs CI, la capacité du secteur de l’énergie à continuer de surperformer l’indice global dépendra en grande partie de la durée de la guerre. « Si un règlement intervient prochainement, les prix du pétrole et du gaz, ainsi que les actions, connaîtront probablement un recul », déclare-t-il.
Avant le début de la guerre, le prix du Brent oscillait autour de 70 $ US le baril. Depuis, les prix ont grimpé en flèche et se sont maintenus pour l’essentiel au-dessus ou à proximité des 100 $ US.
M. Gillis ajoute que même si la guerre prend fin prochainement, les prix du pétrole se stabiliseront à un niveau plus élevé qu’avant le conflit, car « une prime de risque de 5 à 10 $ US par baril devrait perdurer, reflétant le risque d’une nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz ». C’est pourquoi, ajoute-t-il, l’intérêt des investisseurs pour les actions énergétiques devrait se maintenir au-delà du conflit.
En revanche, si la guerre s’éternise et que les prix du pétrole restent élevés trop longtemps, l’économie mondiale pourrait ralentir, ce qui finirait par nuire aux valeurs du secteur de l’énergie.
Il est encore temps de miser sur le secteur de l’énergie
Selon M. Doyle, le sentiment des investisseurs à l’égard du secteur de l’énergie était négatif depuis un certain temps, « il y a donc de la marge pour que les investisseurs augmentent la pondération de l’énergie dans leur portefeuille ».
Selon M. St-Arnaud, de la Servus Credit Union, les entreprises du secteur de l’énergie reversent de plus en plus une part importante de leurs revenus à leurs actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions. « D’une certaine manière, les actions [du secteur de l’énergie] s’apparentent désormais davantage à des actions de dividendes offrant un potentiel de hausse lorsque les prix du pétrole augmentent qu’à des actions de croissance », explique-t-il. Le rendement moyen des dividendes des actions pétrolières canadiennes, qui s’élève à 2,5 %, n’est que légèrement inférieur au rendement de 3,1 % des banques canadiennes, ajoute-t-il. « L’écart est extrêmement faible par rapport aux normes historiques. »
Les principales valeurs du secteur de l’énergie affichent actuellement des rendements élevés, notamment Enbridge ENB (rendement en dividendes prévisionnel de 4,87 %), Tourmaline Oil TOU (3,06 %) et TC Énergie TRP (3,62 %). Ces rendements sont supérieurs à ceux de plusieurs grandes banques, telles que la Banque de Montréal BMO (2,98 %), la Banque TD TD) (2,76 %) et la Banque Royale du Canada RY) (2,48 %). Les actions bancaires sont réputées pour figurer parmi les plus fiables et les plus régulières en matière de versement de dividendes.
Selon M. Baker, de Morningstar, les investisseurs peuvent s’attendre à des rendements pour les actionnaires et à des bilans solides à court terme de la part de ces titres du secteur de l’énergie. « La bonne santé financière s’explique par la hausse des prix des matières premières due à la guerre, ce qui permet aux entreprises de consacrer davantage de ressources à la réduction de leur dette et aux rendements pour les actionnaires », ajoute-t-il.
Selon M. Gillis, de la Gestion mondiale d’actifs CI, les producteurs de pétrole tels que Cenovus Energy CVE (rendement en dividendes prévisionnel de 2,21 %), Suncor Energy SU (2,66 %) et Canadian Natural Resources CNQ (3,86 %), grâce à leurs importantes réserves, sont bien placés pour tirer parti de la situation à moyen terme, dans le contexte favorable actuel. Toutefois, la reprise actuelle a poussé les actions de TC Énergie et de Canadian Natural Resources en territoire de surévaluation, tandis qu’Enbridge reste à la juste valeur. Ces trois titres ont récemment bénéficié d’une révision à la hausse de leur estimation de juste valeur.

