Une poignée de sociétés et de fonds dominent de plus en plus le marché canadien des fonds durables. Cela s’est clairement manifesté dans la reprise inégale des entrées de capitaux enregistrées par ce segment en 2025, année où il a rebondi après une année de sorties de capitaux, en enregistrant 1,1 milliard de $ CA d’entrées de capitaux. Cependant, près de la moitié de l’ensemble des fonds durables ont encore subi des sorties de capitaux, et les gestionnaires d’actifs ont procédé à des fermetures, à des fusions et à des changements de marque pour les stratégies en difficulté.
Les flux ont repris, mais la reprise a été inégale
La hausse des marchés et le retour des flux ont contribué à porter le total des actifs des fonds à capital variable et des fonds négociés en bourse (FNB) durables canadiens (à l’exclusion des fonds de fonds) à un sommet historique de 67 milliards de $ CA. Si les entrées de capitaux enregistrées en 2025 ont marqué un revirement par rapport aux sorties de capitaux nettes de 2,5 milliards de $ CA observées en 2024, l’ampleur de cette amélioration est restée modeste. Les entrées de capitaux de 2025 ont été inférieures d’environ 90 % au pic atteint par la catégorie en 2021, ce qui reflète le refroidissement de la demande depuis les années de forte croissance des fonds axés sur l’environnement, le social et la gouvernance.
Flux nets des fonds canadiens durables par année
Tous les fonds n’ont pas profité de la reprise. 47 % des fonds durables ont enregistré des sorties de capitaux nettes, les entrées de capitaux se concentrant sur une poignée de stratégies. Les 10 fonds ayant enregistré les entrées de capitaux les plus importantes ont recueilli 4 milliards de $ CA, le fonds Desjardins Sustainable International Equity Fund arrivant en tête avec environ 691 millions de $ CA. Les fonds ne figurant pas dans les dix meilleurs ont enregistré des sorties de capitaux nettes de 2,9 milliards de $ CA. Seules 10 stratégies sur plus de 300 ont représenté l’ensemble des entrées de capitaux de la catégorie.
Les gestionnaires ont rationalisé leurs gammes de produits durables
L’offre de fonds durables au Canada s’est rapidement développée entre 2019 et 2024, le nombre de produits ayant plus que triplé alors que les sociétés s’efforçaient de répondre à la demande des investisseurs. Cette demande s’étant modérée, les gestionnaires sont passés d’une phase d’expansion à une phase de rationalisation. Ils ont fermé ou fusionné les fonds peu performants, ralenti le lancement de nouveaux produits et concentré leurs ressources sur les stratégies susceptibles d’attirer de nouveaux capitaux.
En 2025, le nombre de fonds (23) ayant quitté l’univers des fonds durables canadiens a été plus élevé que lors de n’importe quelle autre année depuis que Morningstar a commencé à suivre ces données en 2019. La plupart de ces départs étaient liés à des liquidations et à des fusions, mais trois fonds ont été retirés après avoir réduit l’importance accordée aux critères ESG dans leurs processus d’investissement. Le lancement de nouveaux fonds a également connu un ralentissement marqué, avec seulement deux nouveaux fonds entrant dans l’univers en 2025, contre 18 en 2024.
Nombre de fonds ajoutés et retirés de l'univers des fonds durables canadiens, par année
Invesco illustre bien cette divergence. La société a clôturé huit FNB ESG en 2025, chacun affichant moins de 5 millions de $ CA d’actifs en début d’année. Dans le même temps, son plus grand FNB ESG, l’Invesco S&P 500 ESG Index FNB, a débuté l’année 2025 avec 482 millions de $ CA d’actifs et a enregistré 60 millions de $ CA supplémentaires d’entrées de capitaux au cours de l’année.
Le contrôle législatif et réglementaire a relevé la barre en matière de déclarations ESG
Les pressions réglementaires et législatives incitent également les gestionnaires à réfléchir davantage avant d’apposer des labels ESG sur leurs fonds. En 2024, le Canada a modifié la Loi sur la concurrence afin d’intégrer les déclarations environnementales dans son cadre réglementaire relatif aux indications fausses ou trompeuses et pratiques commerciales trompeuses. En vertu de ces dispositions, les entreprises doivent être en mesure d’étayer leurs allégations, telles que la conformité à l’objectif de carboneutralité ou l’étiquetage en matière de durabilité environnementale, à l’aide de preuves documentées et vérifiables.
Bien que le gouvernement fédéral ait indiqué en 2025 son intention de supprimer certains des éléments les plus controversés des modifications, l’obligation fondamentale de justifier les allégations environnementales reste en vigueur.
Les autorités de réglementation des marchés financiers ont également pris note de cette situation. À l’automne 2025, la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario a engagé une procédure pour allégations de déclarations fausses ou trompeuses concernant la manière dont les facteurs ESG étaient pris en compte dans certains fonds. Cette affaire donne aux gestionnaires une raison supplémentaire d’examiner minutieusement les affirmations relatives à l’ESG qu’ils formulent dans les documents relatifs aux fonds et dans leurs supports marketing.
Pour en savoir plus sur le rapport du panorama des fonds durables
Pour obtenir un aperçu détaillé des catégories d’actifs, des gestionnaires d’actifs et des fonds qui ont progressé en 2025, consultez le rapport de Morningstar intitulé « Canadian Sustainable Funds Landscape ». Ce rapport examine également les performances d’investissement et les indicateurs de durabilité par rapport à leurs homologues conventionnels, et classe les plus grands fonds durables du Canada.

