Points clés
- La vigueur récente du dollar canadien a été soutenue par une forte dépréciation du dollar américain.
- L’impact des tarifs douaniers américains sur le dollar canadien s’atténue, et les baisses de taux de la Fed pourraient stimuler la monnaie.
- Une fourchette de variation du dollar canadien est considérée comme probable au cours du second semestre 2025.
Selon les analystes, le dollar canadien, qui s’est fortement redressé au cours du premier semestre de l’année, est bien placé pour conserver ses gains par rapport au dollar américain. En inversant une baisse de plus de 8 % par rapport au dollar américain en 2024, le dollar canadien s’est frayé un chemin à travers les chocs commerciaux américains et les multiples obstacles macroéconomiques.
Un dollar canadien fort et stable a des conséquences importantes pour les investisseurs canadiens qui détiennent des actifs à l’étranger, car il diminue la valeur de ces actifs. Par exemple, les investissements en dollars américains sont susceptibles de perdre de la valeur lorsqu’ils sont reconvertis en dollars canadiens. En revanche, un dollar canadien plus fort signifie que les investisseurs paient moins cher pour acheter des actions américaines, ce qui offre une occasion intéressante de diversifier un portefeuille.
Le dollar canadien a connu un début d’année difficile, chutant à 1,45 dollar canadien immédiatement après la première vague d’annonces tarifaires, mais il a rebondi à 1,36 dollar canadien le 8 juillet.
Les stratèges en devises attribuent cette reprise en grande partie à l’affaiblissement du dollar américain, sous l’effet des préoccupations des investisseurs concernant la santé de l’économie américaine et d’un désintérêt généralisé pour les actifs américains. “Les politiques erratiques de l’administration Trump, en particulier après le Jour de la Libération [2 avril], ont vu un rabais croissant appliqué aux valorisations du billet vert”, explique Nick Rees, responsable de la recherche macroéconomique chez Monex Canada.
Néanmoins, la baisse d’environ 5,5 % du dollar américain par rapport au dollar canadien est légèrement inférieure à la baisse du dollar américain par rapport aux autres monnaies du G10, que M. Rees estime à environ 7-8 %. En outre, le dollar canadien s’échange toujours bien en dessous de son niveau d’avant la pandémie, lorsqu’il oscillait autour de 1,32 dollar, soit 75 cents américains.
Qu’est-ce qui explique l’envolée du dollar canadien ?
Sarah Ying, responsable de la stratégie de change chez CIBC Capital Markets, attribue le rebond du dollar canadien à la politique tarifaire erratique du président américain Donald Trump et au frein qui en résulte pour le dollar américain. “Maintenant que les tarifs douaniers sont un phénomène mondial, le dollar canadien a bénéficié d’un certain répit.”
Après avoir commencé l’année à 1,44 dollar canadien, “le dollar canadien s’est renforcé, car le Canada n’est plus le point de mire des droits de douane américains”, note Mme Ying, rappelant que la première vague de droits de douane visait le Mexique et le Canada.
Thierry Wizman, stratège mondial en matière de change et de taux chez Macquarie Group, partage ce point de vue. “Une grande partie de la vigueur du $ CA est due à la faiblesse globale du $ US, [causée par la] fuite des actifs américains et du dollar US”, explique-t-il.
Le dollar américain a connu son pire premier semestre en 52 ans, chutant de plus de 10 % par rapport aux autres devises au cours du seul mois de juin. Les analystes prévoient la poursuite des vents contraires pour le dollar américain au second semestre, “car l’incertitude politique accrue et la baisse des prévisions de taux des fonds fédéraux ont pesé sur le billet vert”, explique Bradley Saunders, économiste pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics. Il souligne toutefois que le dollar canadien est toujours “en légère baisse par rapport aux autres devises” depuis l’investiture de Trump.
L’ascension du huard a également été soutenue par des facteurs nationaux. Il s’agit notamment du “programme pro-croissance du premier ministre Carney, de sa volonté d’essayer de diversifier l’économie canadienne pour qu’elle ne dépende plus des États-Unis, et de sa volonté de discuter avec les États-Unis et d’essayer d’éviter les tarifs douaniers”, souligne M. Wizman. Le message de la Banque du Canada selon lequel elle n’est pas pressée de réduire ses taux a également aidé.
Quelle est la prochaine étape pour le dollar canadien ?
De nombreux stratèges en devises s’accordent à dire que le huard ne devrait pas s’éloigner de sa fourchette actuelle d’ici la fin de l’année.
Mme Ying prévoit que le dollar canadien pourrait terminer l’année aux alentours de 1,30 $ CA, à mesure que les turbulences en cours sur le dollar américain dues aux tarifs douaniers s’atténueront.
M. Wizman estime que le dollar canadien devrait s’approcher de 1,34 $ CA d’ici la fin de l’année. Toutefois, sa projection repose sur l’hypothèse que “le dollar américain restera généralement faible”.
Dans le même ordre d’idées, M. Rees prévoit que le dollar canadien s’échangera autour de 1,35 $ CA d’ici la fin de l’année, “mais pas avant un léger retracement à la hausse à court terme, favorisé par un rebond des données macroéconomiques américaines au deuxième trimestre”, ce qui entraînera une hausse du dollar américain.
M. Saunders fait figure d’exception, puisqu’il prévoit que le dollar canadien finira l’année plus faible. Ses prévisions fixent le dollar canadien à 1,45 $ CA, “en raison du ralentissement de la croissance économique et de l’élargissement de l’écart des taux [directeurs] avec les États-Unis, la Banque du Canada reprenant son cycle d’assouplissement tandis que la Fed reste en suspens”.
Les forces qui pourraient faire osciller le dollar canadien
Un ensemble de facteurs connus et imprévus pourrait avoir un impact sur l’élan du dollar canadien et assombrir ses perspectives.
Pour M. Wizman, il pourrait s’agir “d’une forte baisse des prix du pétrole, de réductions agressives des taux de la Banque du Canada ou d’une rupture des relations commerciales entre les États-Unis et le Canada.”
Selon Mme Ying, l’incertitude persistante liée aux droits de douane reste une menace crédible. “Il y a toujours le risque qu’à un moment donné, ces droits de douane ne soient plus reportés ou que les menaces de droits de douane s’intensifient si les négociations tournent au vinaigre”, dit-elle.
Bien que l’incertitude concernant les droits de douane soit désormais presque entièrement prise en compte, M. Rees souligne une autre variable provenant du sud de la frontière : la possibilité d’un assouplissement plus rapide que prévu de la part de la Réserve fédérale. Cela pourrait encore affaiblir le dollar américain, ce qui, à son tour, pourrait faire grimper son homologue du Nord. Toutefois, l’impact exact dépend de la réaction de la Banque du Canada et des réactions plus générales du marché.
La Banque du Canada et la trajectoire du huard
Le conseil d’administration de la Banque du Canada a maintenu le statu quo lors de ses deux dernières décisions en matière de taux d’intérêt. Le pire de la tempête commerciale étant passé, M. Ying estime que les indicateurs nationaux joueront un rôle central dans l’élaboration de la politique de la banque centrale.
Néanmoins, les acteurs du marché parient sur de nouvelles réductions, même si les chances d’un assouplissement à court terme restent faibles. “Une Banque du Canada plus restrictive serait favorable au dollar canadien, tandis qu’une Banque du Canada accommodante serait négative”, note Tom Nakamura, stratège en matière de devises et coresponsable des titres à revenu fixe chez Placements AGF.
Si l’économie canadienne connaît des difficultés, obligeant les responsables politiques à procéder à de nouvelles réductions, la monnaie locale pourrait se déprécier. “La dynamique budgétaire et les facteurs économiques structurels joueront un rôle plus important au second semestre 2025”, note M. Nakamura.
Selon M. Rees, si la Fed reprend ses réductions et que le cycle d’assouplissement de la Banque du Canada se termine, “cela suggère que les différentiels de politique monétaire deviennent favorables à la hausse du huard à plus long terme”.
M. Nakamura prévient que les choses peuvent dégénérer si l’escalade tarifaire est sévère et durable. Dans ce cas, il n’exclut pas que le dollar canadien revienne à ses plus hauts niveaux depuis le début de l’année, au-dessus de 1,44 $ CA. Toutefois, il précise que “la Banque du Canada réagira à la cause première de la fluctuation de la devise, à savoir son impact sur l’économie et ce qu’elle signifie pour la stabilité des prix”.
En effet, la Banque se méfierait de la possibilité d’un nouvel affaiblissement du dollar canadien, compte tenu des conséquences des tarifs douaniers sur les prix des biens. Pour cette raison, M. Saunders s’attend à ce que les décideurs politiques “optent pour moins de réductions de taux cette année.” Il prévoit actuellement deux réductions supplémentaires d’un quart de point.
Ce que les investisseurs doivent surveiller en ce moment
M. Nakamura estime que toute dépréciation du huard se traduit par un renchérissement des biens et des services importés de l’autre côté de la frontière. Mais le bon côté des choses, c’est qu’un dollar canadien plus faible entraîne un gain de change sur les avoirs étrangers, toutes choses égales par ailleurs.
Selon M. Nakamura, “un portefeuille bien diversifié qui intègre une gestion active des devises peut aider à naviguer entre les risques et les opportunités.” La vigueur du dollar canadien y contribue en rendant les actifs étrangers plus abordables.

