Malgré une inflation alimentée par les prix de l'essence, l'IPC d'avril devrait laisser à la Banque du Canada une marge de manœuvre pour éviter de relever ses taux

Selon les analystes, la modération persistante de l'inflation hors énergie atténue la hausse de l'IPC.

Illustration de type collage représentant un panier rempli de provisions, avec un symbole représentant un dollar et une loupe.

Points à retenir

  • Selon Statistique Canada, l’inflation annuelle au Canada a bondi à 2,8 % en avril, contre 2,4 % en mars.
  • Selon les analystes, la hausse des coûts liés à l’énergie liée au conflit avec l’Iran devrait maintenir l’inflation à un niveau élevé pendant un certain temps.
  • Compte tenu du ralentissement de l’inflation sous-jacente, la Banque du Canada pourrait ne pas avoir besoin de relever ses taux d’intérêt cette année.

L’inflation au Canada a de nouveau bondi en avril, après une forte hausse en mars, principalement en raison de la hausse des prix de l’essence, alors que la guerre en Iran continue de perturber les flux mondiaux de pétrole. Toutefois, la modération des indices sous-jacents, qui excluent les catégories de prix les plus volatiles, a apporté une note positive, ce qui pourrait laisser à la Banque du Canada une marge de manœuvre pour maintenir ses taux inchangés jusqu’à la fin de l’année, selon les analystes.

Selon le dernier rapport de Statistique Canada, l’indice des prix à la consommation du Canada a atteint 2,8 % en avril, contre 2,4 % en mars, un chiffre inférieur à l’estimation de FactSet, qui s’élevait à 3,2 %. L’inflation a augmenté de 0,4 % en glissement mensuel, après une hausse de 0,9 % en mars, un chiffre inférieur à l’estimation de FactSet, qui était de 0,7 %.

Cette forte hausse s’explique en grande partie par l’augmentation des prix de l’essence, qui ont bondi de 28,6 % après une hausse de 5,9 % en mars, en raison d’une perturbation de l’approvisionnement liée au conflit au Moyen-Orient. Les prix des transports ont également constitué un facteur clé de l’inflation en glissement annuel, avec une hausse de 7,6 % en avril, contre 3,7 % en mars.

Les mesures de l’inflation sous-jacente ont ralenti en avril

Les mesures de l’inflation sous-jacente privilégiées par la Banque du Canada — qui excluent les éléments les plus volatils tels que l’essence, les produits alimentaires et les loyers — se sont révélées plus modérées que le mois précédent. L’IPC-tronquée d’avril a reculé à 2,0 %, contre 2,2 % en mars, tandis que l’IPC-médiane a légèrement baissé à 2,1 %, contre 2,3 % le mois précédent. L’IPC fondamental, qui exclut les produits alimentaires et l’énergie, a ralenti à 1,5 %, contre 1,9 % en mars, sur une base mensuelle.

La Banque du Canada doit faire connaître sa prochaine décision en matière de taux d’intérêt le 10 juin. On s’attend généralement à ce qu’elle maintienne son taux directeur inchangé à 2,25 %, les responsables de la politique monétaire continuant de surveiller les effets de la hausse des prix de l’énergie. La Banque a maintenu ce taux inchangé lors de ses quatre dernières réunions, dont trois cette année.

À la suite de la publication de ce rapport, le dollar canadien a reculé de 0,17 % pour s’établir à 1,37 $ CA, soit 0,72 centime de dollar américain, tandis que l’indice Morningstar Canada a perdu 0,11 point de pourcentage pour s’établir à 6 016,71. Les rendements des obligations d’État à deux ans sont restés stables à 3,04 %.

Statistiques clés du rapport sur l’IPC d’avril

  • L’IPC a augmenté de 0,4 % par rapport au mois précédent, contre 0,9 % en mars.
  • En rythme annualisé, l’IPC est passé de 2,4 % en mars à 2,8 %.
  • L’IPC-tronquée a reculé à 2,0 %, contre 2,2 % en mars, tandis que l’IPC-médiane a baissé à 2,1 %, contre 2,3 %.

Voici quelques extraits des commentaires des analystes concernant le rapport sur l’IPC du mois d’avril.

L’IPC devrait tempérer les anticipations de hausse des taux

« Si l’on fait abstraction de la situation difficile observée aux pompes à essence, ce rapport est sans ambiguïté modéré. Il semble que l’écart de production, important et croissant, génère des pressions désinflationnistes persistantes dans de nombreux autres secteurs. Le risque est que la hausse continue des prix de l’énergie vienne perturber cette tendance apaisante au cours des prochains mois. Toutefois, les spéculations sur une hausse des taux de la Banque du Canada à court terme — qui se sont intensifiées ces dernières semaines — devraient s’apaiser à la lumière de ce rapport favorable. Ce contexte d’inflation sous-jacente modérée renforce notre conviction que des hausses de taux constitueraient une grave erreur dans le contexte économique canadien actuel. Il n’en reste pas moins que tant que les prix du pétrole continueront de grimper, les rumeurs de hausse des taux persisteront. »

—Douglas Porter, économiste en chef chez BMO Economics

La marge de manœuvre économique devrait amortir le choc pétrolier

« Le fait que les mesures de l’inflation sous-jacente soient plus modérées par rapport à la reprise observée aux États-Unis tient en partie à un problème de calendrier : au Canada, les tarifs aériens sont pris en compte au moment où le vol est effectué ; de ce fait, les hausses de tarifs observées récemment se refléteront davantage dans les chiffres de l’IPC fondamental au cours de l’été. Toutefois, cela reflète probablement aussi la marge de manœuvre qui existe au sein de l’économie canadienne, exerçant une pression à la baisse sur les composantes de l’inflation qui ne sont pas fortement influencées par les prix du pétrole ou les coûts de transport en général.

« À l’avenir, la marge de manœuvre dont dispose actuellement l’économie réduit le risque que le choc actuel des prix du pétrole se traduise par des pressions inflationnistes plus généralisées, et nous continuons de prévoir que la Banque du Canada maintiendra son taux de financement à un jour à son niveau actuel cette année. »

—Andrew Grantham, économiste principal chez CIBC Economics

Le ralentissement de la hausse des prix sous-jacents allège la pression sur la banque pour qu’elle relève ses taux

« La modération de la hausse des prix sous-jacents en avril reflète en partie la faiblesse du marché du travail et de la demande des consommateurs, ce qui atténue la pression exercée sur la Banque du Canada pour qu’elle procède aux hausses de taux d’intérêt anticipées par les marchés pour les mois à venir. »

« La bonne nouvelle pour la Banque était que même ses indicateurs préférés, à savoir l’IPC-tronquée et l’IPC-médiane, qui ne tiennent pratiquement pas compte des fluctuations importantes des composantes individuelles, ont augmenté à un rythme moyen de 0,16 % en glissement mensuel, soit un peu en deçà de l’objectif. »

—Stephen Brown, économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics

Les données sur l’inflation plaident en faveur d’une pause dans les hausses de taux jusqu’à la fin de l’année

« Bien que ce chiffre reste légèrement élevé, l’évolution récente des prix laisse penser que cet indicateur devrait continuer à baisser au cours des prochains mois. La faiblesse de l’inflation donne à la Banque du Canada une grande marge de manœuvre pour rester patiente dans son évaluation des répercussions de la hausse des prix du pétrole. Comme nous l’avons déjà indiqué, l’économie fonctionnant en situation de sous-utilisation des capacités, la hausse des prix de l’essence pourrait cannibaliser les dépenses dans d’autres secteurs, ce qui permettrait de contenir les pressions sous-jacentes sur les prix. Par conséquent, nous continuons de penser que les responsables de la banque centrale canadienne resteront en retrait jusqu’à la fin de l’année. »

—Royce Mendes, gestionnaire et responsable de la stratégie macroéconomique chez Desjardins Marché des capitaux

L’IPC confirme le scénario de base : la Banque du Canada devrait maintenir ses taux inchangés en 2026

« La vigueur observée en avril s’expliquait en grande partie par des effets liés au secteur de l’énergie plutôt que par une reprise généralisée de l’inflation sur l’ensemble du panier. Hors alimentation et énergie, la hausse des prix est restée nettement plus modérée, tandis que les mesures de l’inflation sous-jacente sont restées globalement stables et ont continué d’indiquer un ralentissement de l’élan inflationniste sous-jacent. »

« Les risques d’une hausse de l’inflation pourraient s’accentuer tant que les prix de l’énergie resteront à des niveaux élevés, mais dans l’ensemble, les données d’avril corroborent notre scénario de base selon lequel la Banque du Canada maintiendra ses taux inchangés jusqu’à la fin de l’année 2026. »

—Abbey Xu, économiste à la Banque Royale du Canada

Peu d’indices laissant supposer que l’inflation des prix de l’énergie se répercute sur l’ensemble de l’économie

« Comme prévu, la hausse des prix du pétrole a fait grimper l’inflation au Canada en avril, mais nous ne constatons pas encore de répercussions significatives sur les biens ou services non liés à l’énergie. Les pressions inflationnistes sous-jacentes ont en fait été plus modérées que prévu en avril. Il n’y a pour l’instant guère de raisons de justifier des hausses de taux de la part de la Banque du Canada, et les anticipations du marché concernant des hausses de taux cette année ont légèrement reculé ce matin. »

« Les cours du pétrole sont restés élevés en mai ; les prix de l’énergie devraient donc maintenir l’inflation globale à un niveau élevé pendant un certain temps. Compte tenu d’un contexte économique globalement morose au Canada, nous prévoyons que l’impact sur les prix sous-jacents sera plus modéré. L’inflation sous-jacente devrait se maintenir cette année à un niveau raisonnablement proche de l’objectif de 2 % en glissement annuel. »

—Leslie Preston, gestionnaire et économiste principale à la Banque TD

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