Points à retenir
- L’extension des droits de douane aux marchandises conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) pourrait peser sur le moral des entreprises, mais leur mise en œuvre reste incertaine, selon les analystes.
- Les nouveaux droits de douane de 50 % imposés par le président américain Trump visent notamment les secteurs de l’automobile, du bois, des spiritueux et des produits laitiers.
- Selon les analystes, la Banque du Canada suivra de près l’évolution de la situation, mais ne prendra aucune mesure pour l’instant.
La reprise économique du Canada est confrontée à une nouvelle incertitude suite à la menace du président américain Donald Trump d’imposer de nouveaux droits de douane de 50 % sur certains produits canadiens, mais les économistes ne s’en inquiètent pas.
La plupart des analystes considèrent l’annonce de Trump comme une tactique de négociation éculée. Et bien que de tels droits de douane pèseraient sur certains secteurs de l’économie, ils estiment que leur impact global serait limité. Cela n’en jette pas moins une ombre persistante sur les perspectives économiques.
« Nous nous attendons à ce que l’impact de cette dernière vague de droits de douane sur l’économie canadienne soit relativement modéré », déclare Andrew Hencic, directeur et économiste principal chez TD Economics, dans une note adressée aux investisseurs. « Toutefois, ces mesures rappellent que l’incertitude engendrée par l’évolution des relations commerciales entre les États-Unis et le Canada pourrait peser davantage sur la croissance cette année. »
Le bouclier de l’ACEUM s’affaiblit
Ces nouvelles mesures tarifaires envisagées suscitent une inquiétude particulière, car elles marquent une rupture par rapport à la manière dont les droits de douane ont été appliqués jusqu’à présent. Cette nouvelle série de mesures vise des produits et des secteurs qui avaient échappé aux droits de douane précédents ou qui étaient protégés par l’accord commercial en vigueur. Contrairement aux mesures tarifaires antérieures, qui s’appuyaient sur la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (International Emergency Economic Powers Act), les nouvelles mesures proposées invoquent l’article 338 de la loi douanière de 1930 (Tariff Act of 1930), rarement utilisé.
« Mon premier constat est qu’il s’agit d’une grave escalade, mais l’aspect le plus préoccupant réside dans le précédent que cela crée », déclare Ben Jang, gestionnaire de portefeuille chez Nicola Wealth. « Jusqu’à présent, la plupart des marchandises éligibles au titre de lACEUM avaient été épargnées par le conflit tarifaire plus général. L’application de ces droits de douane même aux marchandises conformes à l’ACEUM affaiblit cette protection et engendre une incertitude considérablement accrue pour les entreprises qui prennent des décisions à long terme en matière d’investissement, d’embauche et de production au Canada. »
Un coup dur, bien qu’il soit de faible ampleur, porté à la croissance
« Si [ces droits de douane] devaient être mis en place, nous considérerions cela comme un facteur nettement négatif pour la croissance et l’investissement des entreprises, alors même que la croissance commençait à prendre de l’élan au-delà de l’incertitude initiale liée aux droits de douane », déclare Shelly Kaushik, économiste principale chez BMO Economics. « Même si ces mesures ne sont pas adoptées, le fait que les marchandises conformes à l’ACEUM soient concernées laisse entendre que le Canada disposera d’une marge de manœuvre réduite à l’avenir, ce qui, en soi, accentue le facteur d’incertitude. »
Si elles étaient mises en œuvre, ces nouvelles mesures de droits de douane « risqueraient de réduire la croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,3 à 0,6 pt de pourcentage au cours de l’année à venir, en l’absence de changements majeurs dans le comportement des entreprises ou dans la réponse des pouvoirs publics », a écrit M. Hencic, de la Banque TD. Il a toutefois précisé que ses prévisions tenaient déjà compte « d’une période d’incertitude pesant sur l’économie canadienne et les marchés financiers au troisième trimestre ».
Les économistes d’Union Bank of Switzerland (UBS) indiquent que les nouveaux droits de douane concernent des marchandises qui ne représentent pas une part importante des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis. « Dans ce cas précis, les droits de douane sont relativement modestes et concernent des marchandises qui ne représentent pas une part importante des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis, contrairement aux droits de douane sectoriels sur les automobiles, le bois d’œuvre et les métaux, qui avaient entraîné une baisse marquée de la demande américaine pour les exportations canadiennes au printemps 2025 », ont-ils écrit. Dans l’ensemble, « nous nous attendons à ce que l’impact de cette dernière vague de droits de douane sur l’économie canadienne soit relativement modéré ».
L’annonce de Trump est considérée comme une manœuvre tactique
Certaines et certains se montrent sceptiques quant à la mise en œuvre effective de ces droits de douane. « Nous pensons que ces droits de douane s’inscrivent probablement dans le cadre de la renégociation en cours de l’ACEUM », indiquent les analystes d’UBS.
À la suite de cette annonce, Royce Mendes, responsable de la politique macroéconomique chez Desjardins, a écrit dans une note que cette décision s’inscrit dans « la stratégie caractéristique de Trump consistant à tirer parti du marché américain pour contraindre ses partenaires à faire des concessions ».
Avery Shenfeld, économiste principal chez CIBC Economics, estime qu’il est difficile de prévoir les décisions de Trump : « Il est vain de tenter de prédire ce que Trump pourrait faire, car il est connu pour son imprévisibilité. » Il souligne également le délai de 30 j prévu pour mener des négociations ou engager une action en justice afin d’empêcher l’entrée en vigueur des droits de douane. « S’il y a une lueur d’espoir derrière ces nouveaux nuages sombres, c’est que cela pourrait accélérer le calendrier permettant au Canada et aux États-Unis d’entamer des discussions sérieuses. »
Conséquences pour la Banque du Canada
Selon Mme Kaushik, de la Banque de Montréal (BMO), l’impact négatif sur la croissance résultant de la hausse des droits de douane pourrait, à terme, inciter la Banque du Canada à s’orienter vers un assouplissement monétaire. « Nous ne prévoyons pas encore de baisse dans l’immédiat, mais les responsables de la Banque du Canada suivront de très près l’évolution de la situation », précise-t-elle.
M. Hencic, de la Banque Toronto-Dominion (TD), indique qu’il ne prévoit pas pour l’instant de baisse des taux. Toutefois, « nous prévoyons que les rendements obligataires, les cours boursiers et le dollar canadien continueront de baisser à court terme, car les tensions commerciales élevées persisteront au cours des prochains mois », ajoute-t-il.
Les analystes d’UBS soulignent qu’avant que la croissance ne reprenne l’année prochaine, « des risques tels que les événements de cette semaine sont susceptibles de freiner toute mesure de politique monétaire à court terme de la part de la Banque du Canada, qui, selon nous, devrait maintenir ses taux inchangés cette année compte tenu de l’incertitude persistante ».
La Banque du Canada devrait annoncer sa prochaine décision en matière de taux d’intérêt le 2 septembre. Les économistes s’attendent généralement à ce que les responsables monétaires maintiennent l’indice de référence inchangé à 2,25 %, niveau auquel il se maintient depuis décembre 2025.

