Points à retenir
- Le marché du travail canadien a perdu 18 000 emplois le mois dernier, ce qui marque une baisse de l’emploi au cours de trois des quatre derniers mois.
- Selon les analystes, la morosité du marché de l’emploi met en évidence la fragilité d’une économie déjà confrontée à des incertitudes géopolitiques et commerciales.
- Le taux de chômage a légèrement augmenté pour atteindre 6,9 %, son plus haut niveau depuis six mois, ce qui jette le doute sur la possibilité que la Banque du Canada relève ses taux d’intérêt cette année.
Selon le dernier rapport de Statistique Canada, l’économie canadienne a perdu 18 000 emplois en avril, ce qui souligne la faiblesse persistante du marché du travail. Les analystes estiment que cette tendance témoigne d’un affaiblissement général de l’économie, rendant de plus en plus improbable une hausse des taux d’intérêt par la Banque du Canada à court terme.
La baisse enregistrée en avril marque un revirement par rapport aux 14 000 emplois créés en mars et contraste fortement avec les estimations de FactSet, qui tablaient sur 10 000 créations d’emplois. Les pertes d’emplois sont principalement dues à la suppression de postes à temps plein.
De nouvelles failles sont apparues sur le marché du travail, le taux de chômage ayant bondi à 6,9 % en avril, contre 6,7 % le mois précédent, dépassant ainsi les prévisions de FactSet, qui s’établissaient à 6,7 %. Il s’agit du taux de chômage le plus élevé enregistré au cours des six derniers mois.
Alors que la Banque du Canada a récemment fait part de ses inquiétudes concernant la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre au Moyen-Orient, les analystes estiment qu’un affaiblissement du marché du travail pourrait atténuer les pressions inflationnistes générales, réduisant ainsi la nécessité de relever les taux d’intérêt.
L’indice composé S&P/TSX a progressé de 0,60 point de pourcentage pour s’établir à 34 055,13 $ CA à la suite de la publication du dernier rapport sur l’emploi. Le rendement des obligations d’État canadiennes à deux ans a reculé de 0,08 point de pourcentage pour s’établir à 2,84 %, tandis que le dollar canadien a perdu 0,25 % face au $ US, s’établissant à 1,36 $ CA, soit 0,73 centime de $ US.
La Banque maintient son taux à 2,25 % depuis décembre, après l’avoir abaissé de 1 point de pourcentage au total l’année dernière. Les responsables de la politique monétaire doivent se réunir pour la quatrième fois cette année le 10 juin.
Voici quelques extraits des commentaires d’économistes sur les chiffres de l’emploi du mois d’avril.
Une hausse des taux reste peu probable cette année
« Le climat sur le marché de l’emploi canadien reste plutôt morose en ce début d’année 2026, la reprise observée en mars s’étant avérée être une fausse aube. Quant à la Banque du Canada, nous ne savons pas si nous pouvons être plus clairs, mais il est extrêmement difficile de comprendre la logique qui sous-tend les anticipations du marché concernant plus d’une hausse des taux plus tard dans l’année, alors que l’économie peine énormément à faire ne serait-ce qu’un pas en avant. Même avec le fort ralentissement de la croissance démographique, le marbre semble se reconstituer sur le marché de l’emploi, ce qui devrait contribuer à contenir toute pression inflationniste secondaire liée au choc pétrolier. »
—Doug Porter, économiste en chef chez BMO Economics
Un marché de l’emploi en perte de vitesse compense l’inflation liée aux prix de l’énergie, empêchant ainsi une hausse des taux
« Le marché du travail canadien a poursuivi en avril son début d’année 2026 morose, avec une troisième baisse de l’emploi au cours des quatre premiers mois de l’année, ce qui a entraîné une nouvelle hausse du taux de chômage. Pour la Banque du Canada, les signes indiquant que la marge de manœuvre du marché du travail s’accroît plutôt qu’elle ne se réduit devraient limiter la capacité du choc sur les prix du pétrole à se traduire par des pressions inflationnistes plus généralisées. Nous continuons de penser que la Banque du Canada maintiendra ses taux d’intérêt à leur niveau actuel tout au long de l’année 2026. »
—Andrew Grantham, économiste principal chez CIBC Economics
La hausse du taux de chômage tempère les anticipations de hausse des taux
« La hausse du taux de chômage, qui a atteint 6,9 %, son plus haut niveau depuis six mois, contribuera à tempérer les anticipations excessivement restrictives des investisseurs en matière de taux d’intérêt, et elle confirme notre opinion selon laquelle, compte tenu de la morosité du marché du travail et de la perspective d’une fin de la guerre en Iran, les hausses de taux cette année sont encore loin d’être acquises. »
« Toutefois, sachant que l’enquête sur la population active continue de sous-estimer le ralentissement de la croissance démographique, nous avons toujours des raisons de penser que le taux de chômage affichera une tendance à la baisse cette année. Enfin, une évolution de la composition de l’emploi a une nouvelle fois donné l’impression que la croissance des salaires horaires moyens était inquiétante, à 4,5 % en glissement annuel. Si l’on exclut ces effets, la croissance des salaires s’est avérée bien plus modeste, à 3,4 %, ce qui correspond à sa moyenne récente. »
—Bradley Saunders, économiste pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics
Les chiffres décevants de l’emploi confortent l’idée d’un maintien des taux jusqu’à la fin de l’année
« Malgré certaines faiblesses régionales, les détails des chiffres publiés aujourd’hui indiquent que le marché du travail est en perte de vitesse, mais qu’il ne s’effondre pas pour autant. Étant donné que les décideurs politiques doivent trouver un équilibre entre cette faiblesse et les risques de hausse de l’inflation, nous continuons de penser que la Banque du Canada maintiendra ses taux inchangés jusqu’à la fin de l’année. Les taux d’intérêt canadiens sont en baisse et [la courbe des taux] se pentifie à la suite de la publication des chiffres de l’emploi au Canada aujourd’hui. »
—Tiago Figueiredo, stratège macroéconomique chez Desjardins Marché des capitaux
La hausse du taux de chômage met un frein à toute mesure de politique monétaire cette année
« Une légère baisse de l’emploi, conjuguée à une forte augmentation de la population active, a entraîné une hausse de deux points du taux de chômage ce mois-ci. Bien que les données mensuelles soient très variables, le niveau toujours élevé du taux de chômage témoigne d’un marché de l’emploi qui peine toujours à absorber l’offre de main-d’œuvre. Au cours des prochains mois, nous prévoyons que la croissance de la population active s’essoufflera, ce qui devrait contribuer à limiter toute nouvelle hausse du taux de chômage. »
« Les perspectives économiques sont loin d’être optimistes, et la morosité persistante du marché du travail témoigne d’une économie qui peine encore à redémarrer. Toutefois, le marché du travail restant atone, les entreprises ont une capacité plus limitée à répercuter sur les consommateurs les hausses de coûts liées au choc inflationniste. C’est là un facteur clé qui étaye notre opinion selon laquelle, si la forte hausse des prix du pétrole commence à s’inverser dans les semaines à venir, la Banque du Canada pourra maintenir ses taux inchangés cette année. »
—Andrew Hencic, directeur et économiste principal chez Services économiques TD

