L’emploi a bondi en juillet, mais la Banque du Canada devrait maintenir ses taux inchangés

Selon les économistes, un taux de chômage qui reste élevé et les incertitudes liées aux négociations commerciales devraient inciter la banque centrale à rester en retrait.

Façade de la Banque du Canada
Marc Dufresne via Getty

Points à retenir

  • Le marché du travail canadien a enregistré une hausse de 75 000 emplois en juillet, poursuivant ainsi sa reprise.
  • Compte tenu des incertitudes liées au commerce, les bons résultats de l’emploi ne suffisent pas à justifier une hausse des taux de la Banque du Canada, selon les analystes.
  • Le taux de chômage a reculé à 6,4 %, son niveau le plus bas depuis deux ans.

Le marché du travail canadien a enregistré une hausse inattendue de 75 000 emplois en juillet, selon le dernier rapport de Statistique Canada, ce qui, selon les économistes, témoigne de la bonne santé de l’économie malgré des vents contraires sur le plan macroéconomique. Toutefois, les analystes estiment que la Banque du Canada pourrait souhaiter constater une reprise économique plus durable avant de sortir de sa position d’attente.

Cette hausse inattendue de l’emploi, qui fait suite à une augmentation de 18 200 postes en juin, a largement dépassé les prévisions consensuelles de FactSet, qui s’élevaient à 18 500. Cette progression s’explique principalement par la création de 21 000 emplois dans le commerce de gros et de détail.

Par ailleurs, le taux de chômage a légèrement reculé à 6,4 % en juillet, contre 6,5 % le mois précédent, soit un niveau légèrement inférieur à l’estimation de FactSet, qui s’élevait à 6,5 %. Il s’agit de la troisième baisse mensuelle consécutive du taux de chômage, qui atteint ainsi un niveau qui n’avait plus été observé depuis juillet 2024.

La Banque du Canada a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25 % depuis décembre, après avoir procédé à quatre baisses de 0,25 point en 2025. Les responsables de la politique monétaire doivent annoncer leur prochaine décision concernant les taux le 2 septembre.

Vous trouverez ci-dessous des extraits de commentaires d’économistes sur les chiffres de l’emploi du mois de juillet.

Les chiffres de l’emploi surestiment la vigueur de l’économie

« Publiés le jour même où les chiffres de l’emploi aux États-Unis se sont révélés décevants, ils offrent un contraste saisissant avec les résultats étonnamment positifs du Canada. À l’instar du rebond du PIB après la faiblesse observée au début de l’année, les chiffres de l’emploi reflètent clairement ce redressement. Mais, tout comme les résultats du PIB peut-être, la récente croissance de l’emploi exagère probablement la vigueur sous-jacente de l’économie. Même si les gros titres sont spectaculaires, nous pensons que la tendance annuelle de ces deux indicateurs reflète davantage la réalité économique : une croissance de l’emploi d’un peu moins de 1 % en glissement annuel et une croissance du PIB d’un peu moins de 2 % en glissement annuel.

« Néanmoins, les fortes hausses enregistrées en juillet laissent entrevoir un élan qui s’accélère après le rebond du deuxième trimestre, même si les incertitudes commerciales continuent de peser sur les perspectives. Compte tenu du ralentissement de la croissance des salaires et de la modération des prix de l’énergie, la Banque du Canada n’adoptera pas encore un ton plus restrictif, même si le raffermissement de la conjoncture économique pourrait, à terme, l’inciter à s’orienter dans cette direction si cette tendance se confirme. »

—Douglas Porter, économiste en chef chez BMO Economics

Une tendance à la hausse des taux, mais le statu quo est maintenu

« La forte hausse de l’emploi enregistrée en juillet, qui fait suite à la solide estimation préliminaire de la croissance du PIB au deuxième trimestre publiée la semaine dernière, constitue une preuve supplémentaire que l’économie reprend de l’élan après un début d’année morose. Même si la Banque du Canada devrait adopter un ton plus restrictif suite à la baisse du taux de chômage, elle ne devrait pas pour autant se précipiter pour resserrer sa politique monétaire, compte tenu de la faiblesse persistante de la croissance des salaires et de l’inflation sous-jacente. En effet, pour l’instant, nous maintenons notre opinion selon laquelle la Banque ne modifiera pas ses taux cette année. »

—Ariane Curtis, économiste principale pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics

Le marché de l’emploi n’est pas suffisamment solide pour justifier une modification des taux cette année

« La forte création d’emplois en juillet a entraîné une nouvelle légère baisse du taux de chômage, malgré une légère amélioration du taux d’activité. Dans l’ensemble, il s’agit clairement d’un rapport solide, même si, à 6,4 %, le taux de chômage reste supérieur au seuil correspondant au plein emploi et n’atteint pas encore un niveau susceptible d’alimenter une inflation d’origine intérieure. En conséquence, nous continuons de penser que la Banque du Canada maintiendra ses taux inchangés cette année et jusqu’au début de l’année 2027. »

—Andrew Grantham, économiste principal chez CIBC Economics

Pas de hausse des taux avant 2027

« Les derniers chiffres de l’emploi viennent étayer le constat selon lequel les entreprises trouvent des moyens de faire face à l’incertitude actuelle liée au commerce. Cela dit, malgré les progrès importants observés en juillet, le marché du travail n’a pas encore retrouvé toute sa vigueur. Pour preuve, le rythme annuel de croissance des salaires a encore ralenti pour s’établir à un modeste 2,8 %, soit un niveau proche du taux d’inflation. En conséquence, la Banque du Canada souhaitera constater une reprise plus marquée avant d’envisager un resserrement de sa politique monétaire. Nous continuons de penser que les hausses de taux ne se produiront pas avant 2027. »

—Royce Mendes, directeur général et responsable de la stratégie macroéconomique chez Desjardins Marché des capitaux

Le taux de chômage, qui reste élevé, justifie le maintien des taux inchangés

« Le marché du travail montre des signes évidents de reprise, mais le taux de chômage de 6,4 % continue d’indiquer que l’économie fonctionne avec une certaine marge de manœuvre. Compte tenu également de la perspective de l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane le 19 août, les risques de ralentissement économique persistent. Nous continuons de tabler sur une baisse progressive du taux de chômage au cours des prochains mois, alors que l’économie fait face à la volatilité des prix de l’énergie et à d’éventuels nouveaux vents contraires sur le plan commercial. Dans ce contexte, nous prévoyons que la Banque du Canada maintiendra ses taux inchangés jusqu’à la fin de l’année. »

—Andrew Hencic, directeur et économiste principal chez Services économiques TD

L'auteur ou les auteurs ne possèdent pas de parts dans les titres mentionnés dans cet article. En savoir plus sur les politiques éditoriales de Morningstar.