Points à retenir
- Le marché du travail canadien a enregistré une hausse de 88 000 emplois en mai, marquant un revirement radical par rapport aux pertes enregistrées en avril.
- Selon les analystes, les bons chiffres de l’emploi apaisent les craintes de récession, mais les négociations commerciales et l’inflation liée à l’énergie, qui découle du conflit avec l’Iran, restent au centre des préoccupations.
- Le taux de chômage a reculé à 6,6 %, ce qui a permis à la Banque du Canada de rester en retrait.
Selon le dernier rapport de Statistique Canada, le marché du travail canadien a connu une forte reprise en mai, avec la création de 88 000 emplois, faisant preuve de résilience malgré des perspectives économiques moroses. Les analystes estiment toutefois que cela ne suffit pas à inciter la Banque du Canada à sortir de sa réserve, alors qu’elle évalue l’impact de la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran et des négociations commerciales à venir avec les États-Unis.
Cette hausse inattendue fait suite à la perte de 18 000 emplois enregistrée en avril et dépasse largement les prévisions consensuelles de FactSet, qui tablaient sur la création de 12 500 emplois. La progression de l’emploi s’explique principalement par la création de 154 000 postes à temps plein dans l’ensemble des secteurs en mai. C’est la première fois depuis novembre 2025 que l’économie affiche une hausse significative de l’emploi.
Signe supplémentaire de la reprise du marché du travail, le taux de chômage est passé de 6,9 % en avril à 6,6 % en mai, un chiffre inférieur à l’estimation de FactSet, qui s’établissait à 6,9 %. Il s’agit du deuxième taux de chômage le plus bas enregistré cette année, après celui de 6,5 % observé en janvier.
Ce regain de vigueur sur le marché de l’emploi intervient après une contraction du PIB au premier trimestre, qui a plongé l’économie canadienne dans une récession technique. Parallèlement, la Banque du Canada reste préoccupée par la hausse des prix de l’énergie provoquée par la guerre au Moyen-Orient, estimant que toute répercussion sur l’ensemble de l’économie pourrait nécessiter plusieurs hausses des taux d’intérêt. Selon les analystes, ces facteurs, ainsi que le moral en berne des entreprises et des consommateurs, laissent penser que la Banque ne devrait pas relever ses taux dans un avenir proche.
L’indice Morningstar Canada a reculé de 1,17 % pour s’établir à 6 191,70 points à la suite de la publication du dernier rapport sur l’emploi. Le rendement des obligations d’État canadiennes à deux ans a légèrement augmenté de 0,09 point de pourcentage pour atteindre 2,91 %, tandis que le dollar canadien est resté stable à 1,39 $ CA face au USD, soit 0,71 centime de USD.
La Banque maintient son taux directeur à 2,25 % depuis décembre, après avoir procédé à quatre baisses de 0,25 point en 2025. Les responsables monétaires doivent annoncer leur prochaine décision de taux le 10 juin. Les économistes s’attendent généralement à ce que la Banque laisse les taux inchangés, les responsables monétaires continuant de considérer l’inflation liée à l’énergie comme temporaire.
Voici quelques extraits des commentaires d’économistes sur les chiffres de l’emploi du mois de mai.
Les chiffres de l’emploi apaisent les inquiétudes concernant l’économie
« Avant de vous réjouir trop vite, gardez à l’esprit que l’emploi n’a augmenté que de 0,7 % en glissement annuel et que les heures travaillées ont progressé de 0,3 % sur la même période. Il s’agit toutefois d’un rapport incontestablement solide. Le Canada continue de bien se tenir. Ce rapport devrait quelque peu apaiser les inquiétudes de la Banque du Canada concernant l’économie après la publication d’un PIB négatif. Néanmoins, les deux PIB négatifs consécutifs, la baisse du prix du pétrole et l’IPC fondamental modéré laissent présager une Banque du Canada moins restrictive la semaine prochaine qu’en avril… même si ce changement sera moins marqué que si ce rapport avait été faible. »
—Benjamin Reitzes, gestionnaire des taux canadiens et stratège macroéconomique chez BMO Economics
Le rapport n’a pas d’incidence sur les taux d’intérêt
« Le marché du travail canadien a repris vie en mai, avec la création de 88 000 emplois, un chiffre bien supérieur aux prévisions du consensus, ce qui a ramené le taux de chômage à 6,6 %. Toutefois, bien que ces chiffres soient nettement meilleurs que prévu, il convient de les replacer dans le contexte de la faiblesse observée en début d’année. La moyenne sur six mois de l’emploi reste légèrement négative (-2 000), et le taux de chômage est légèrement supérieur au plus bas niveau enregistré récemment en janvier. »
« Pour la Banque du Canada, la publication d’aujourd’hui ne devrait pas modifier sa position actuelle de statu quo, même si les chiffres globaux ont largement dépassé les prévisions. Pour l’instant, la vigueur observée aujourd’hui nous ramène à la situation qui prévalait en début d’année, et il faudra constater un resserrement supplémentaire du marché du travail (accompagné d’une accélération de l’inflation sous-jacente) pour que la Banque du Canada sorte de sa réserve. »
—Andrew Grantham, économiste principal chez CIBC Economics
L’économie canadienne reste sensible à l’évolution des négociations commerciales
« Le marché du travail canadien a montré des signes de reprise en mai, avec un fort rebond de la création d’emplois. Ce rebond compense en grande partie les pertes d’emplois observées plus tôt dans l’année, le niveau d’emploi se situant désormais tout près de son pic de décembre 2025. Les rendements sur l’ensemble de la courbe des taux du gouvernement du Canada sont en hausse, tirés par les échéances courtes, où les négociateurs anticipent désormais entre une et deux hausses de taux pour le reste de l’année. Cela dit, compte tenu de la volatilité de l’Enquête sur la population active, il est difficile d’accorder une grande confiance à la valeur indicative des chiffres publiés aujourd’hui. Nous continuons de percevoir des risques à la baisse pour l’économie canadienne, tant en raison des caractéristiques fondamentales que des négociations commerciales. »
—Royce Mendes, gestionnaire et responsable de la stratégie macroéconomique chez Desjardins Marché des capitaux
La reprise du marché de l’emploi apaise les craintes de récession
« La forte reprise de l’emploi et la baisse du taux de chômage à 6,6 % rassureront quelque peu la Banque du Canada quant au fait que l’économie n’est pas en récession ni au bord de la récession. Bien que la croissance des salaires ait ralenti, la vigueur du marché du travail remet en question notre prévision selon laquelle la Banque du Canada maintiendra ses taux inchangés cette année. »
« Parallèlement, la croissance des salaires a fortement ralenti, la hausse des salaires horaires moyens des salariés ayant chuté à 3,0 % en glissement annuel, contre 4,5 % en avril, ce qui devrait quelque peu rassurer la Banque du Canada alors qu’elle évalue le risque que la hausse des prix du pétrole ne déclenche des risques d’inflation de second ordre. »
—Ariane Curtis, économiste senior pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics
L’économie reste vulnérable à l’inflation de l’énergie et aux négociations commerciales
« La hausse de l’emploi au Canada en mai n’était que la deuxième augmentation enregistrée au cours des cinq derniers mois et le nombre d’emplois reste en légère baisse depuis le début de l’année 2026. Nous avons toutefois déjà fait valoir qu’un ralentissement marqué de la croissance démographique fausse la comparaison de la croissance de l’emploi par rapport aux données historiques : environ 26 000 travailleurs ont pris leur retraite chaque mois au cours de l’année écoulée, et les plafonds imposés aux arrivées de résidents temporaires réduisent l’offre de main-d’œuvre disponible à l’étranger. »
« À l’avenir, la croissance économique continuera de faire face à des vents contraires. L’incertitude commerciale persiste à l’approche des négociations visant à prolonger l’ACEUM cet été, et la hausse des prix de l’énergie pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. Nous restons toutefois prudemment optimistes quant à la poursuite de l’amélioration progressive de la croissance économique par habitant et de la situation sur le marché du travail cette année, avec une légère baisse générale du taux de chômage. »
—Nathan Janzen, économiste en chef adjoint à la Banque Royale du Canada
Le ralentissement économique compense la hausse des prix de l’énergie, ce qui permet à la Banque du Canada de maintenir ses taux inchangés
« Il n’y a pas à tergiverser, ce rapport est très solide. On constate une bonne dynamique d’embauche dans les secteurs public et privé, ainsi qu’une hausse impressionnante de 154 000 emplois à temps plein. Cela ramène toutefois l’emploi à son niveau de janvier, avec un taux de chômage en hausse de 0,1 point de pourcentage. »
« Les données économiques canadiennes restent très contrastées. La contraction inattendue du PIB au premier trimestre a été décevante, mais compte tenu de l’estimation préliminaire du PIB d’avril, qui fait état d’une hausse mensuelle de 0,4 %, et du rapport sur la population active de mai, qui indique une baisse du taux de chômage, nous continuons de tabler sur un rebond de l’activité au deuxième trimestre. Néanmoins, l’économie continue de fonctionner en deçà de sa capacité, ce qui compense de manière désinflationniste le choc pétrolier. Dans ce contexte, nous nous attendons à ce que la Banque du Canada reste en retrait la semaine prochaine et maintienne son taux à 2,25 % ».
—Andrew Hencic, directeur et économiste principal chez Services économiques TD

