La contraction inattendue du PIB au premier trimestre plonge le Canada dans une récession technique

L'économie s'est à nouveau affaiblie, mais selon les analystes, cela ne suffit pas pour justifier une baisse des taux d'intérêt.

Illustration sous forme de collage représentant la Banque du Canada, avec des formes et des icônes en arrière-plan

Points à retenir

  • L’économie canadienne a connu une contraction au premier trimestre de 2026, en raison de la faiblesse des investissements et d’une forte hausse des importations.
  • L’économie pourrait rebondir au deuxième trimestre, soutenue par la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran et par les dépenses publiques.
  • Les données anticipées solides pour le mois d’avril laissent entrevoir une reprise.

Contre toute attente, l’économie canadienne s’est contractée au premier trimestre 2026, la baisse des dépenses des entreprises et des administrations publiques ayant compensé la hausse des dépenses des ménages. Toutefois, selon les analystes, la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran et les premiers signes de reprise observés au deuxième trimestre pourraient inciter la Banque du Canada à adopter une attitude attentiste.

Statistique Canada a fait état d’un ralentissement inattendu du PIB, qui a reculé de 0,1 % en rythme annualisé au premier trimestre de 2026. Ce chiffre contraste fortement avec les prévisions consensuelles de FactSet, qui tablaient sur une croissance de 1,4 %. Cette contraction fait suite à un recul de 1 % au dernier trimestre de 2025.

Ce ralentissement a été principalement dû à une forte hausse des dépenses en biens étrangers, notamment en or, qui a contrebalancé les gains liés à la constitution de stocks par les entreprises. Parallèlement, une baisse trimestrielle de 0,1 % des exportations, due aux droits de douane et touchant principalement les voitures particulières et les camions, a également contribué au ralentissement du PIB trimestriel.

Ce ralentissement marque deux trimestres consécutifs de contraction de la croissance économique. Il s’agit là de la définition technique d’une récession. C’est également la troisième baisse trimestrielle sur les quatre derniers trimestres. La dernière fois que le Canada a enregistré deux trimestres consécutifs de croissance négative, c’était en 2020, pendant la pandémie de Covid-19.

Les analystes estiment que la détérioration des données ne justifie pas une baisse des taux d’intérêt de la part de la Banque du Canada, car la hausse des prix de l’énergie due à la guerre au Moyen-Orient et les dépenses publiques pourraient contribuer à amortir le ralentissement économique. La Banque n’a pas modifié son taux lors de ses quatre dernières réunions, le maintenant à 2,25 %. Les responsables de la politique monétaire doivent prendre leur prochaine décision concernant les taux le 10 juin. Plusieurs analystes prévoient une hausse potentielle des taux au début de l’année prochaine, voire plus tard cette année.

À la suite de la publication du rapport sur le PIB, les rendements des obligations à deux ans ont reculé de 0,04 point de pourcentage pour s’établir à 2,79 %, tandis que le dollar canadien a perdu 0,15 % pour s’échanger à 1,38 $ CA, soit 0,72 centime de dollar américain, face au dollar américain.

Voici quelques extraits des commentaires des analystes concernant le rapport sur le PIB du premier trimestre.

Les prix élevés de l’énergie empêchent la banque de baisser ses taux

« La question est désormais de savoir si la surprise à la baisse concernant la croissance et le manque d’élan pourraient inciter la Banque du Canada à agir. Alors que l’économie est visiblement au point mort et que le marché du travail a perdu environ 120 000 emplois depuis le début de l’année, la probabilité d’une hausse des taux cette année est désormais très faible, mais cela pourrait-il conduire à une baisse ? Les prix de l’énergie restant élevés, ce qui pourrait entraîner des pressions inflationnistes plus généralisées, la Banque du Canada devra mettre en balance ces risques dans ses perspectives. Ce qui est clair, cependant, c’est que sans ces prix élevés de l’énergie, la Banque du Canada serait très susceptible de réduire son taux directeur lors de sa prochaine réunion. »

—Charles St-Arnaud, économiste en chef chez Servus Credit Union

Le ralentissement économique jette un froid sur les perspectives de hausse des taux

« Il ne sert à rien d’enjoliver ce résultat décevant, car l’économie peine manifestement à croître depuis le début de la guerre commerciale, la croissance globale étant également freinée par le ralentissement rapide de la croissance démographique. Les dépenses publiques avaient soutenu la croissance au cours des derniers trimestres, offrant un soutien à l’économie, mais ce soutien n’était plus au rendez-vous au premier trimestre. »

« Il est important de noter que les dépenses de consommation ont bien résisté au cours du trimestre et affichent une hausse régulière de 2,0 % en glissement annuel, mais elles sont désormais confrontées au choc pétrolier. Dans l’ensemble, cela devrait vraiment mettre un frein aux discussions sur une hausse des taux, car l’économie n’est pas en mesure de faire face à des taux plus élevés. (Même s’il ne s’agit que d’une « récession technique » ou d’une récession de nom seulement, le marché anticipe-t-il toujours des hausses de taux ? Sérieusement ?) Un accord commercial et/ou une baisse des prix de l’énergie contribueraient à soutenir la croissance, mais nous ne pouvons pas encore compter sur l’un ou l’autre pour l’instant. »

—Douglas Porter, économiste en chef chez BMO Economics

La récession pourrait déjà être terminée malgré la hausse des prix de l’énergie

« La contraction du PIB liée au commerce au dernier trimestre a fait basculer l’économie dans une récession technique en début d’année. Mais la reprise de l’activité dans le secteur pétrolier et gazier laisse présager que celle-ci est déjà terminée ; les estimations préliminaires de Statistique Canada pour avril indiquent en effet que la croissance pourrait rebondir jusqu’à 2,0 % en rythme annualisé ce trimestre, soit un chiffre supérieur à la prévision de 1,5 % de la Banque. Bien que cela remette en cause notre opinion selon laquelle les décideurs politiques attendront le début de l’année prochaine pour reprendre les hausses de taux, nous pensons que la hausse des prix de l’essence et l’incertitude entourant les renégociations de l’ACEUM [Accord Canada-États-Unis-Mexique] limiteront la reprise de l’activité en dehors du secteur pétrolier. »

—Bradley Saunders, économiste pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics

Les marchés continuent d’anticiper une hausse des taux cette année

« Dans l’ensemble, ce rapport s’avère très médiocre à bien des égards : il montre que les incertitudes commerciales et les droits de douane continuent de freiner la croissance, tandis que les consommateurs ont peu de marge de manœuvre pour dépenser à l’avenir et que les secteurs sensibles aux taux d’intérêt sont à la traîne. Le rapport est également bien en deçà de la projection de 1,5 % de croissance avancée par la Banque du Canada dans son Rapport sur la politique monétaire, mais l’élan positif suggéré par les chiffres d’avril incitera tout de même les décideurs politiques à maintenir le statu quo, la croissance au deuxième trimestre devant probablement bénéficier d’un coup de pouce à mesure que les investissements publics reviendront à la normale. Notre scénario de base table également sur des progrès vers la réduction de certains droits de douane (notamment sur l’aluminium et peut-être l’acier) au cours des prochains mois, et si le choc des prix du pétrole commence également à s’estomper au cours de cette période, le PIB renouera avec une croissance durable pour le reste de l’année. Le marché a fait abstraction de ce résultat global décevant, compte tenu des révisions à la hausse concernant l’année précédente, et a laissé inchangées les probabilités d’une hausse des taux pour l’année. »

—Katherine Judge, économiste principale chez Marchés des capitaux CIBC

L’économie n’est pas assez faible pour justifier une baisse des taux

« Bien que les premiers résultats économiques pour 2026 ne soient pas encourageants, la Banque du Canada pourrait hésiter à remettre les baisses de taux à l’ordre du jour. Une deuxième contraction trimestrielle consécutive de la population canadienne a entraîné une hausse du PIB par habitant de près de 1 % en rythme annualisé. Les récentes communications de la banque centrale ont souligné la nécessité de distinguer le ralentissement structurel de l’activité économique, dû à une baisse de la croissance potentielle, de toute faiblesse conjoncturelle. Le fait que le PIB par habitant ait en réalité augmenté limitera la capacité de la banque centrale à réagir au ralentissement. Cela dit, les marchés excluent à juste titre, selon nous, la probabilité de hausses de taux à la suite de la publication de chiffres du PIB plus faibles que prévu. »

—Royce Mendes, directeur général et responsable de la stratégie macroéconomique chez Desjardins Marché des capitaux

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