Points à retenir
- La Banque du Canada a maintenu son taux d’intérêt directeur inchangé, ce qui marque la cinquième fois consécutive qu’elle le maintient à ce niveau.
- Les décideurs politiques ont souligné la complexité de la réponse à apporter face aux forces contraires que sont le ralentissement de la croissance et la hausse de l’inflation résultant de la guerre en Iran.
- Certains analystes perçoivent un léger changement de ton de la part de la Banque, qui semble s’éloigner de la perspective de hausses de taux, mais la plupart estiment que la politique monétaire restera inchangée tout au long de l’année 2026.
Pour la cinquième fois consécutive, la Banque du Canada a maintenu mercredi son taux d’intérêt directeur à 2,25 %, alors qu’elle doit composer avec les répercussions économiques de la flambée des prix de l’énergie liée au conflit en Iran et avec les incertitudes commerciales. Selon les analystes, la banque centrale n’est pas pressée de modifier ses taux, et ce statu quo pourrait se prolonger tout au long de l’année.
Dans sa déclaration de politique générale, la Banque a souligné la difficulté de trouver un équilibre entre une activité économique au premier trimestre plus faible que prévu et une nouvelle accélération de l’inflation, qui est passée de 2,4 % en mars à 2,8 % en avril, en raison de la guerre au Moyen-Orient. « La combinaison d’un ralentissement économique et d’une montée de l’inflation pose un dilemme pour la politique monétaire », a déclaré le gouverneur de la Banque, Tiff Macklem, lors de la conférence de presse qui a suivi l’annonce. « Augmenter les taux pour freiner l’inflation risquerait d’affaiblir davantage l’économie. De l’autre, les baisser pour soutenir la croissance accentuerait le risque que l’inflation élevée devienne persistante. »
C’est pourquoi le Conseil de direction a décidé de ne pas tenir compte des effets inflationnistes à court terme de la guerre en Iran. Les responsables ont toutefois réaffirmé leur volonté de procéder à plusieurs hausses de taux, comme indiqué dans le rapport sur la politique monétaire d’avril: « si les prix de l’énergie restent élevés, nous ne laisserons pas leurs effets se transformer en inflation persistante ». Dans le même temps, la Banque a reconnu qu’elle pourrait devoir réduire ses taux pour soutenir l’économie, au cas où « les États-Unis imposeraient de nouvelles restrictions commerciales importantes au Canada ».
La Banque a abaissé son taux directeur d’un point de pourcentage au cours de l’année 2025, avant de marquer une pause en décembre.
À la suite de cette annonce, la plupart des analystes — notamment ceux de Vanguard, de BMO, des Services économiques TD et de la CIBC — estiment que, malgré une inflation alimentée par les prix de l’énergie, la faiblesse de l’économie et les incertitudes commerciales empêcheront la Banque de relever ses taux cette année. En revanche, les analystes de Mackenzie et d’IG Gestion de patrimoine prévoient qu’une baisse des taux pourrait intervenir dès la fin de l’année
Les marchés n’ont guère réagi à cette nouvelle. Le dollar canadien s’est apprécié de 0,31 % face au dollar américain, s’établissant à 1,39 $ CA, soit 0,71 centime de dollar américain. L’indice composé S&P/TSX a légèrement reculé de 0,17 % à 34 369,55 points, tandis que l’indice Morningstar Canada a baissé de 0,26 % à 6 089,99 points. Le rendement des obligations à 2 ans du gouvernement du Canada a reculé de 0,02 point de pourcentage, à 2,82 %.
Voici un aperçu plus détaillé des commentaires sur la décision de la Banque du Canada et des perspectives en matière de taux d’intérêt.
La Banque du Canada maintient ses taux inchangés jusqu’en 2026
« La Banque du Canada n’a apporté que très peu d’éléments nouveaux, la déclaration de politique monétaire et le discours d’ouverture de juin étant similaires à ceux d’avril. La mention supplémentaire qualifiant l’économie de « faible » témoigne d’un ton légèrement plus accommodant, mais des inquiétudes persistent quant à un éventuel regain d’inflation lié à la hausse des prix de l’énergie. Nous continuons de tabler sur le maintien des taux inchangés par la Banque du Canada jusqu’à la fin de l’année 2026. »
—Benjamin Reitzes, gestionnaire et stratège en taux d’intérêt et en économie macroéconomique chez BMO Economics
Aucune modification des taux n’est prévue avant l’année prochaine
« Le léger virage accommodant [une orientation vers un assouplissement de la politique monétaire] dans le discours de la Banque du Canada aujourd’hui vient étayer notre prévision selon laquelle elle maintiendra ses taux d’intérêt inchangés cette année… Le gouverneur Tiff Macklem a légèrement modifié certaines des phrases clés de son discours d’ouverture lors de la conférence de presse. En avril dernier, M. Macklem avait déclaré que « si l’économie évolue de manière généralement conforme à cette prévision, les modifications du taux directeur devraient être modestes ». Aujourd’hui, il note que « combinaison d’un ralentissement économique et d’une montée de l’inflation pose un dilemme pour la politique monétaire » et que « le taux directeur inchangé permet d’équilibrer ces risques ».
« Cet ajustement nous rend un peu moins inquiets quant à la possibilité que la Banque ait pu vouloir relever légèrement ses taux d’intérêt simplement pour se repositionner au milieu de sa fourchette neutre estimée entre 2,25 % et 3,25 %, ce qui nous conforte dans notre opinion selon laquelle il est peu probable que la Banque s’engage dans cette voie avant au moins le début de l’année 2027. »
—Stephen Brown, économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics
La Banque du Canada semble prête à maintenir ses taux inchangés
« Dans l’ensemble, nous estimons que le communiqué publié aujourd’hui met en évidence une banque centrale faisant preuve d’une grande patience, qui dispose de tout le temps nécessaire pour observer l’évolution des risques pesant sur l’économie. Nous continuons de penser qu’il n’y aura pas de modification des taux d’intérêt cette année et que le maintien des taux à leur niveau actuel devrait soutenir la reprise économique d’ici la fin de l’année et jusqu’en 2027, à condition que certaines des incertitudes liées aux prix du pétrole et au commerce s’atténuent au cours de cette période. »
—Andrew Grantham, économiste principal chez Marchés des capitaux CIBC
La Banque du Canada n’est pas pressée de modifier ses taux
« Pour l’instant, le Conseil de direction semble tout à fait disposé à maintenir les taux inchangés. Il est quelque peu surprenant que M. Macklem ait largement repris les termes utilisés en avril, compte tenu de la faiblesse persistante des indicateurs économiques canadiens et de la modération de l’inflation sous-jacente. Cela dit, les marchés ne mordent pas à l’hameçon cette fois-ci. Malgré ses remarques sur la possibilité de hausses consécutives des taux, les rendements des obligations du gouvernement canadien sont en légère baisse aujourd’hui. »
—Royce Mendes, directeur général et responsable de la stratégie macroéconomique chez Desjardins Marché des capitaux
Les anticipations de hausse des taux pourraient laisser place à une baisse
« Malheureusement pour ceux qui espéraient un signal fort dans un sens ou dans l’autre, la Banque n’a pas dit grand-chose. Après deux trimestres décevants marqués par une croissance négative du PIB en rythme annualisé et trois trimestres négatifs sur les quatre derniers, la Banque ne pouvait tout simplement pas ignorer le ralentissement de l’activité économique. Et bien que les données sur l’emploi du mois dernier aient constitué un signe encourageant, si l’on exclut la période de la COVID, la moyenne sur 12 mois des créations d’emplois reste proche de son plus bas niveau depuis 10 ans. Telles sont les conditions économiques que la Banque ne peut ignorer. Et, d’après sa déclaration, elle ne l’a pas fait, tout en ne laissant rien transparaître.
« Néanmoins, bien que le mandat de la Banque soit la stabilité des prix, avec un objectif d’inflation de 2 % ± 1 %, compte tenu de la conjoncture économique, la Banque du Canada dispose d’une marge de manœuvre pour abaisser son taux au jour le jour et mettre en place des mesures de relance. Cela va à l’encontre de la position adoptée par d’autres banques centrales, en particulier de l’opinion qui tend à s’imposer selon laquelle la Réserve fédérale américaine pourrait être contrainte de relever ses taux avant la fin de l’année. Cependant, l’économie canadienne n’est pas l’économie américaine, et la Banque en est consciente. Les prévisions selon lesquelles la Banque du Canada relèverait son taux au jour le jour une fois avant la fin de l’année devraient rapidement se transformer en anticipations d’une baisse. »
—Philip Petursson, stratège en chef des investissements, IG Gestion de patrimoine
Pas de hausse des taux avant 2027
« Le communiqué reprenait en grande partie celui d’avril, soulignant à la fois les risques d’une hausse et d’une baisse des taux dans divers scénarios. La Banque du Canada continue d’insister sur le fait qu’elle ne laissera pas l’inflation augmenter de manière significative, mais elle continue également de souligner qu’elle considère les hostilités au Moyen-Orient comme temporaires et qu’elle ne s’en préoccupera pas. D’autre part, la Banque reste préoccupée par l’issue de l’Accord ACEUM, et les perturbations que cet accord pourrait causer aux chaînes d’approvisionnement bien établies pourraient nécessiter un certain assouplissement des taux directeurs.
« La Banque du Canada semble maintenir ses taux inchangés pour le moment. Mackenzie continue de percevoir des risques importants liés à la mise en œuvre de l’ACEUM ainsi que d’autres facteurs macroéconomiques défavorables au niveau national, et s’attend à ce que la Banque abaisse ses taux avant la fin de l’année. »
—Dustin Reid, stratège en chef, titres à revenu fixe chez Placements Mackenzie
Le gel des taux devrait se maintenir jusqu’à la fin de l’année
« Les perspectives restent très incertaines. Les cours du pétrole ont reculé par rapport à leurs sommets, mais restent élevés alors que l’incertitude quant à l’évolution du conflit au Moyen-Orient persiste. D’autre part, les négociations relatives à la révision de l’ACEUM n’ont pas encore débuté, ce qui jette une ombre sur les perspectives commerciales. Les données récentes laissent entrevoir une reprise de la croissance au deuxième trimestre, mais celle-ci ne suffira pas à absorber toute la surcapacité de l’économie. Compte tenu des forces contradictoires qui s’exercent sur l’inflation, nous prévoyons que la Banque du Canada maintiendra ses taux inchangés jusqu’à la fin de l’année. »
—Andrew Hencic, directeur et économiste principal chez Services économiques TD
Une hausse des taux est peu probable cette année
« L’incertitude accrue et le choc pétrolier liés au conflit entre les États-Unis et l’Iran risquent de peser sur la demande mondiale, façonnant ainsi le contexte dans lequel la Banque du Canada fixe son taux directeur. Le Canada se distingue des autres économies avancées en ce sens que la hausse des prix du pétrole pourrait donner un léger coup de pouce au PIB à court terme, de l’ordre de 10 à 20 points de base, ce qui reflète sa position d’exportateur net d’énergie. »
« Toutefois, cette impulsion de croissance s’accompagne d’un choc inflationniste. La hausse des prix de l’énergie fait grimper l’inflation globale et accroît le risque que le processus de désinflation marque le pas à court terme. Pour la Banque du Canada, cela crée un contexte de politique monétaire plus complexe. Si la croissance peut bénéficier d’un coup de pouce temporaire, la dynamique de l’inflation limite la marge de manœuvre de la banque centrale. À notre avis, ce compromis rend plus difficile pour les décideurs politiques de s’orienter vers des baisses de taux, ce qui renforce notre prévision selon laquelle le taux directeur de la Banque du Canada restera inchangé à 2,25 % jusqu’à la fin de l’année 2026. »
—Ashish Dewan, stratège en placements chez Vanguard Canada

