Les actions des services publics canadiens profitent de l’essor des centres de données dédiés à l’IA et de la demande de valeurs refuges

Les analystes considèrent ce secteur défensif comme une mise sur l’intelligence artificielle, les centres de données stimulant la demande en électricité.   

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Points à retenir

  • Selon les analystes, le développement des infrastructures d’intelligence artificielle et le niveau élevé des dépenses d’investissement ont favorisé la progression des résultats des entreprises de services publics cette année.
  • La fuite des investisseurs vers des valeurs refuges dans un contexte de volatilité a également contribué à la performance de 14 % enregistrée par le secteur depuis le début de l’année.
  • Les caractéristiques fondamentales favorables devraient continuer à soutenir la croissance du secteur, même si les inquiétudes concernant les valorisations ne cessent de croître.

Les actions des services publics canadiens connaissent une année exceptionnelle, surperformant l’ensemble du marché dans un contexte de volatilité liée à la guerre en Iran et de reprise économique fragile. Selon les analystes, les performances du secteur ont été stimulées par la hausse de la demande en électricité liée au développement des centres de données et par la recherche de valeurs refuges de la part des investisseurs face à la volatilité persistante des marchés.

L’indice Morningstar Canada Utilities All Cap Target Market Exposure Capped Index a progressé de 14 % depuis le début de l’année, surpassant ainsi la hausse de 11,6 % enregistrée par l’indice Morningstar Canada et le rendement de 11,5 % de l’indice composé S&P/TSX Index.

« Le secteur des services publics continue de bénéficier de ses caractéristiques défensives traditionnelles », explique Jack Nguyen, gestionnaire de portefeuille chez Verecan Capital. « Mais il s’inscrit également dans une dynamique de croissance structurelle, portée par l’électrification, la demande en électricité liée à l’intelligence artificielle et la modernisation du réseau électrique. »

Fortis FTS, Emera EMA, Capital Power CPX, Hydro One H et Atco ACO.X ont été les principaux moteurs de la progression de l’indice « Canada Utilities All Cap Target Market Exposure Capped » cette année. Fortis, qui détient la pondération la plus élevée de l’indice (20,2 %), a apporté la contribution la plus importante, ajoutant 3,5 points de pourcentage à la performance de l’indice depuis le début de l’année. Emera, avec une pondération de 17,2 %, a contribué à hauteur de 2,8 points.

Tirer parti de l’expansion des centres de données

Les investisseurs ont toujours considéré les actions des services publics comme des valeurs défensives, caractérisées par une croissance lente mais régulière et des dividendes attractifs. Toutefois, selon les analystes, ce profil est en train d’évoluer, certaines entreprises de services publics bénéficiant de la forte croissance de la demande émanant des centres de données à travers l’Amérique du Nord.

« Le secteur des services publics n’est plus ce qu’il était autrefois : ennuyeux, stable et prévisible. Il s’apparente désormais davantage à une mise sur l’intelligence artificielle au sein du secteur technologique », explique Philip Petursson, stratège en chef des investissements chez IG Gestion de patrimoine.

Andrew Bischof, analyste chez Morningstar spécialisé dans les actions des services publics canadiens et américains, affirme que bon nombre des facteurs qui stimulent les services publics américains soutiennent également leurs homologues canadiens. « Les centres de données ont constitué un moteur important pour les services publics américains, ce qui a entraîné une accélération de la croissance pour l’ensemble du secteur », explique-t-il. « Et à l’instar des services publics américains, on a constaté une augmentation des plans d’investissement au Canada, ce qui favorise une croissance plus forte. »

Les entreprises de production d’électricité sont celles qui devraient bénéficier le plus directement de la demande d’énergie croissante des centres de données. Les entreprises de services publics réglementées sont quant à elles bien placées pour en tirer un avantage indirect grâce aux investissements dans les infrastructures de transport et de réseau, destinés en partie à répondre à cette demande liée à l’IA. « À mesure que les entreprises de services publics investissent dans l’extension et la modernisation de leurs réseaux, elles augmentent leur base d’actifs réglementés, ce qui favorise la croissance de leurs bénéfices à long terme », explique M. Nguyen, de Verecan.

La fuite des investisseurs vers la stabilité

Un autre facteur favorable aux actions des services publics a été leur image de valeur refuge, grâce à leurs dividendes et à leurs modèles économiques généralement stables. M. Nguyen explique que les investisseurs se sont tournés vers les entreprises de services publics dotées de modèles économiques résilients, cherchant à se protéger contre la volatilité accrue provoquée par la guerre au Moyen-Orient, les incertitudes commerciales et le ralentissement de la croissance économique. « Les services publics ont bénéficié de cette réorientation car la demande de services essentiels tels que l’électricité et le gaz naturel a tendance à rester solide quel que soit le cycle économique, ce qui garantit des bénéfices réguliers et des distributions fiables », précise-t-il.

La hausse des rendements obligataires incite à la prudence

Pour autant, M. Nguyen souligne que la récente hausse des rendements obligataires à long terme nous rappelle que ce secteur reste sensible aux taux d’intérêt. Les rendements obligataires ont progressé en raison des craintes que l’inflation liée à l’énergie, alimentée par le conflit avec l’Iran, ne se propage à l’ensemble de l’économie, contraignant la Banque du Canada à y faire face en relevant ses taux d’intérêt, actuellement fixés à 2,25 % $ CA.

Cette tendance pourrait nuire aux actions des services publics qui versent des dividendes, qui sont considérées comme une alternative aux obligations dans un contexte de baisse des rendements. Lorsque les rendements obligataires augmentent, l’attrait relatif des dividendes des services publics peut diminuer aux yeux des investisseurs en quête de revenus, car les obligations offrent des rendements de plus en plus élevés, généralement avec une volatilité inférieure à celle des actions des services publics.

À titre de comparaison, les obligations d’État à 10 ans offrent actuellement un rendement de 3,56 %, tandis que le rendement en dividendes prévisionnel le plus élevé parmi les actions des services publics canadiens suivies par Morningstar s’élève à 3,82 % (Emera), suivi de Fortis (3,08 %) et d’Hydro One (2,36 %).

Soyez attentifs aux risques à venir

M. Nguyen estime que les caractéristiques fondamentales à long terme du secteur restent favorables, mais que « les rendements pourraient s’atténuer après une forte hausse ».

Les valorisations constituent une autre source de préoccupation. Le ratio Cours/Bénéfices du secteur s’établit à environ 22 fois les bénéfices, contre environ 16 fois pour l’ensemble du marché. « Nous estimons qu’il existe une meilleure marge de sécurité au niveau des cours en se tournant vers d’autres secteurs que celui des services publics », explique M. Petursson, d’IG Gestion de patrimoine. Sur le marché canadien, il privilégie « l’énergie et les matériaux, qui pourraient bénéficier d’un repli vers la sécurité face aux risques géopolitiques actuels ».

Par ailleurs, M. Bischof conseille aux investisseurs de suivre de près les caractéristiques fondamentales des entreprises ainsi que toute évolution du cadre réglementaire. Les mesures réglementaires, telles que la réduction des taux de rendement des capitaux propres, pourraient peser sur les chiffres d’affaires tout en fournissant des indications sur la trajectoire future du secteur. « Pour le reste de l’année, nous estimons que les investisseurs doivent prêter attention aux évolutions réglementaires et aux annonces supplémentaires venant soutenir et étendre les perspectives de croissance des services publics », déclare-t-il.

Les actions des entreprises canadiennes du secteur des services publics qui profitent de l’essor de l’IA

M. Bischof cite le groupe canadien Fortis comme une entreprise particulièrement bien placée pour tirer parti de la tendance en matière d’infrastructures d’IA, en raison de son importante présence aux États-Unis. Fortis réalise plus de 55 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis. « Fortis bénéficie de l’augmentation des investissements dans les réseaux de transport d’électricité de sa filiale américaine ITC », explique-t-il.

Il y a également ITC, une société indépendante de transport d’électricité, qui opère dans sept États américains. « ITC reste bien positionnée pour répondre à la demande croissante en centres de données, puisqu’elle prévoit depuis peu une croissance annuelle de la demande de 18 % au cours des 20 prochaines années », explique M. Bischof dans une note d’analyste.

Capital Power CPX et Brookfield Renewable BEP.UN comptent parmi les autres titres directement exposés à la demande croissante en électricité des centres de données. Parallèlement, les services publics réglementés tels qu’Emera et Hydro One bénéficient indirectement de cette hausse de la demande en électricité des centres de données grâce à l’augmentation des dépenses d’investissement consacrées au transport d’électricité et à la modernisation du réseau.

M. Bischof indique que certains acteurs du secteur des services publics, tels qu’Emera, tirent également profit de la croissance économique américaine. Emera bénéficie de ses importantes activités en Floride grâce à la « croissance économique sous-jacente [alimentée par] l’afflux continu de nouveaux habitants vers cet État », précise-t-il. Dans une note, M. Bischof écrit que « la majeure partie de la croissance des bénéfices d’Emera continuera d’être tirée par ses activités en Floride, à savoir Tampa Electric et Peoples Gas, où la société consacre 80 % de ses investissements en capital ».

Emera réalise plus de 70 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis. Au fil du temps, l’entreprise s’est détournée des activités non stratégiques, qu’elles soient réglementées ou non, pour se concentrer sur des opportunités d’investissement au sein de ses services publics réglementés, note M. Bischof.

M. Nguyen, de Verecan, voit cette transition d’un œil positif, car « les cadres réglementaires offrent une visibilité stable sur les résultats, ce qui revêt une importance croissante dans un contexte de volatilité des marchés ».

L'auteur ou les auteurs ne possèdent pas de parts dans les titres mentionnés dans cet article. En savoir plus sur les politiques éditoriales de Morningstar.